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Performance capture : entre révolution et méfiance…

Tout est dans le terme technique en lui-même, « performance ». Cette révolution cinématographique ne vous dit encore peut être rien mais la performance capture est simplement en train de renaitre ! En 2001, Le Seigneur des anneaux fut un essai concluant puis la technique est tombée en désuétude à cause des critiques journalistiques qui ont rendu les réalisateurs méfiants. Cette technologie est née avant tout pour créer des êtres aussi fantastiques que légendaires, elle fait son réel come-back en cette fin d’année via entre autre le dernier film de Spielberg : Les Aventures de Tintin et le Secret de la Licorne ! Décryptage d’un mouvement qui va faire parler de lui.

Percap ou mocap ?

Avec la sortie ce mois-ci du film sur les aventures du reporter à la houppette rousse, la performance capture est sous les feux des projecteurs. Pour ceux qui n’ont jamais pris la peine de s’y intéresser de près, petit cour de rattrapage.

Jamie Bell (Tintin) et Andy Serkis (Capitaine Haddock) avec tous les équipements de la percap

La performance capture ou percap, est une technique cinématographique qui consiste à capter en temps réel  les mouvements corporels mais surtout les expressions faciales des acteurs. L’important est d’enregistrer leurs jeux d’acteur et leurs performances. Tout est ensuite retranscrit dans un univers virtuel et leurs avatars numériques sont ainsi crées. Pour permettre cela, les comédiens portent une combinaison remplie de capteurs ainsi qu’un casque muni d’une caméra filmant en permanence leurs visages. Elle enregistre ainsi les plus infimes mouvements notamment grâce à des petits points collés sur les visages. Tous ces capteurs sont ensuite digitalisés grâce à un logiciel de post-production et vont permettre d’animer les futurs clones virtuels des comédiens.

Pour des raisons techniques, le film se tourne dans un studio appelé « The Volume ». Ici, pas de décors ni de fond vert puisque tout est entièrement crée par informatique et que l’on ne filme pas pour incruster par la suite. Mais les acteurs ne sont tout de même pas lâchés dans une salle complètement vide. Les éléments avec lesquelles ils interagissent sont recrées (table, verre, chaise…) non fidèlement. Il s’agit juste qu’ils aient la même forme et la même configuration.

A l’aide d’une caméra virtuelle, il est possible de visualiser en temps réel un pré-rendu de la scène finale avec les décors et les personnages virtuels (réalisés en pré-production). Evidemment, les modélisations et les textures sont basiques mais sont suffisamment détaillées pour avoir une idée du rendu final. Après toutes les étapes de traitement informatique, des personnages aux expressions et aux attitudes aussi naturelles que celles de leurs modèles vont voir le jour, le tout dans des décors possibles et inimaginables.

Ces images du tournage des Aventures de Tintin et le secret de la Licorne, parleront d’elles-mêmes. Admirez le génie :

Mais alors quelle est la différence entre la motion capture et la performance vous  demandez-vous ? Et bien, que les choses soient claires car la terminologie a son importance. La mocap (captation de mouvements) et la percap sont malheureusement trop souvent confondues (même chez les pro) alors que nous avons là deux méthodes à part entière. La première est une technologie « vieille comme le monde », puisqu’elle est utilisée depuis des années par les créateurs de jeux vidéo, et plus récemment  dans l’animation et les films à effets spéciaux. Mais la caractéristique première de cette technique est qu’elle ne prend en compte que, et bien que, les mouvements du corps. Alors que son homologue, au contraire, saisi la performance, le talent propre des comédiens à travers leurs visages. En bref, la mocap est beaucoup moins performante puisque les personnages sont dépourvus de réalisme et de naturel.

La mutation du 7ème art grâce à la percap

  « Mon préécieuux !! » Tous les passionnés de Tolkien et de la saga du Seigneur des Anneaux se souviendront sûrement de cet être infâme empreint à la schizophrénie dénommé « Gollum ». Ce curieux personnage que vous avez suivi tout au long de ce film n’est autrement animé que par la percap !

Andy Serkis dans la peau de Gollum

Film de Peter Jackson, apparu au cinéma en 2001, le Seigneur des anneaux à été conçu en étroite collaboration avec les studios « WETA digital ». Ces derniers ont utilisé la percap pour créer un monstre de toute pièce : textures, couleurs, pilosité réalistes… Toute l’anatomie était là pour se fondre parfaitement dans l’environnement de Tolkien, fidèlement repris du livre de ce dernier. Le réalisme de cela apporte en premier lieu au spectateur un rendu époustouflant visuellement tant la créature semble vivante mais aussi dans la gestuelle  grâce au jeu de l’acteur. Une des facilités principales dans la percap pour l’acteur est de pouvoir jouer n’importe quel rôle, mais surtout dans n’importe quel corps. L’acteur peut être maigre, grand, gros… peu importe car il peut se mettre dans la peau d’un humain comme d’un animal. Pour illustrer ces propos, parlons d’Andy Serkis qui à son actif dans la percap a déjà joué King Kong, Gollum, César (La planète des singes) et le Capitaine Haddock !

D’autres réalisateurs tels que Robert Zemeckis avec Le Pôle Express (en 2003) se sont essayés à cette technique de modélisation. Un des autres grands atouts de cette technique est dans le fait qu’un seul acteur puisse jouer plusieurs rôles. C’est justement cela qui a séduit Robert comme pour Le Pôle Express dans lequel Tom Hanks joue pas moins de  5 rôles dans le même film !  Jim Carrey dans Le Drôle de Noël de Scrooge en joue 8 pour sa part. Cela limite les multiplications d’acteurs et apporte  une performance de prestation assez hallucinante pour Jim Carey. Malgré ces attraits non négligeables, cette technologie est vite tombée aux oubliettes étant sévèrement critiquée et boudée par les leaders d’opinion de la profession.

Mais dans la liste de ces différents protagonistes du cinéma d’effet spéciaux qui avaient retenu les avantages de cette technologie, nous

Neytiri dans Avatar

pouvons  vous faire deviner en quelques mots celui qui marqua les esprits de façon pluri générationnelle en 1997 avec une histoire toute simple.  Un bateau, un iceberg et une nuit sans fin… Alors ? Oui nous vous parlons bien de Titanic et de son réalisateur vedette James Cameron. Ce même réalisateur, qui  12 ans après son œuvre majeure repris  la technologie de la percap pour faire vivre les immenses humanoïdes bleus appelé  « N’avis » dans son remarquable Avatar . James explique qu’il a choisi la percap car elle permettait de réaliser et de créer de toute pièce une nouvelle espèce ayant toute les mêmes caractéristiques physique. Une chose est sûre pour les acteurs d’Avatar et autres films en percap, ils n’ont plus à se préoccuper des incalculables heures de maquillage. Ils sont enfin libres de ne penser qu’a leur jeu, dialogues, mouvement sans s’ attacher aux angles et prises de vue. Avatar, un film qui vous a..ou pas subjugué, mais qui a fait déplacer plus de 20 millions de personnes en France …

Mais dans la liste de ces différents protagonistes du cinéma d’effet spéciaux qui avaient retenu les avantages de cette technologie, nous pouvons  vous faire deviner en quelques mots celui qui marqua les esprits de façon pluri-générationnelle en 1997 avec une histoire toute simple.  Un bateau, un iceberg et une nuit sans fin… Alors ? Oui nous vous parlons bien de Titanic et de son réalisateur vedette James Cameron. Ce même réalisateur, qui  12 ans après son œuvre majeure, reprit  la technologie de la percap pour faire vivre les immenses humanoïdes bleus appelés  « N’avis » dans son remarquable  Avatar  . James explique qu’il a choisi la percap car elle permettait de réaliser et de créer de toute pièce une nouvelle espèce ayant toutes les mêmes caractéristiques physiques. Une chose est sûre pour  les acteurs d’Avatar et autres films en percap, ils n’ont plus à se préoccuper des incalculables heures de maquillage. Ils sont enfin libres de ne penser qu’à leur jeu, dialogues et mouvements sans s’ attacher aux angles et prises de vue. Avatar, un film qui vous a..ou pas subjugué, mais qui a fait déplacer plus de 20 millions de personnes en France …

Capter les expressions du visage fait partie des avantages marquants du procédé. Un des films phares de cette fin d’année en a eu bien besoin, Tintin et le secret de la licorne, réalisé par un des plus grands d’Hollywood, j’ai nommé Steven Spielberg.  Pour ce film les personnages de tintin devaient, pour retranscrire de façon quasi parfaite l’œuvre de Hergé, reprendre au mieux les particularités physiques qui découlaient de la BD.  Les visages ainsi construits, il fallait qu’ils soient le plus expressifs possible. Pour que le visage de notre cher Capitaine Haddock puisse nous dire sa fameuse et récurrente réplique « Mille milliards de mille sabords !» avec un air des plus contrariés que seul un vrai acteur puisse fournir. Le réalisateur dans le cas présent : Steven Spielberg, grâce à la percap, n’avait à se soucier principalement que d’une seule chose lorsqu’il filmait, à savoir la performance de l’acteur lors des scènes.  Les acteurs sont débarrassés des contraintes habituelles que vous ne remarquez peut être ou sûrement pas lorsque vous regardez un film, C’est à dire les angles de vue, la lumière,  les décors, ainsi que les bruits… car ici tout est reproduit en post production. Ce qui fait que le réalisateur prend beaucoup de plaisir à filmer l’essentiel.

 

Même les plus grands sont souvent incompris

Elle a beau être génial et remplie de qualités, la percap a été clairement snobée et méprisée par le public et surtout les médias.

Si le monde du cinéma était facile, cela se saurait. On ne réalise pas un bon film mettant en avant un procédé révolutionnaire en un claquement de doigt. De plus, si un projet tombe entre de mauvaises mains, cela pourrait tourner au cauchemar cinématographique. Dans la percap, tout est dans le dosage et la précision des détails.

 

Tom Hanks ici dans le rôle du chef de train dans Le Pôle Express

Et Robert Zemeckis, premier homme à avoir utilisé la percap au cinéma, n’a justement pas su relever le défi. Avec la réalisation du Pôle Express (2003), La Légende de Beowulf (2007) et Le Drôle Nöel de Scrooge (2009), Zemeckis a utilisé la percap comme un simple gadget en plus, donnant naissance à des personnages aux yeux vides d’émotions. La suite est sans surprise : énorme bide au box-office et mauvaises critiques médiatique. Le jour de gloire de la percap n’était pas prêt d’arriver. Et pour cause. Les trois films étaient tellement mauvais artistiquement et visuellement que ni le public, ni même les médias ne se sont intéressés à cette innovation technologique et cinématographique. La percap est tout simplement passée inaperçue pendant 6 ans. Zemeckis aurait peut-être dû attendre que les technologies soient plus avancées comme l’a fait James Cameron. En effet, l’idée de Pandora et des Navi’s est apparue dans la tête du réalisateur bien avant la sortie de Titanic, mais faute de moyens et de progrès technique, le film était irréalisable. Rabelais avait donc raison…tout vient à point à qui sait attendre… et là, on parle évidemment de succès.

 

Mais Zemeckis n’est bien sûr pas la seule cause de l’impopularité de la percap. Médias et public sont à leur insu, les principaux fauteurs de troubles. L’être humain a toujours besoin d’un temps d’adaptation et ce dans tous les domaines. Ici, l’accueil glacial s’explique en partie par le fait que l’esprit et l’œil du public n’étaient visiblement pas encore habitués à cette révolution. Ce cinéma mutant l’a totalement dépassé et plongé dans un flou artistique. Cela a toujours été ainsi, l’inconnu fait peur et provoque l’ignorance. D’autres appellent cela  le syndrome de l’Uncanny Valley, autrement dit « plus un robot humanoïde est similaire à un être humain, plus ses imperfections nous paraissent monstrueuses » (source wiki). Avec Avatar, James Cameron a utilisé la bonne combinaison de techniques et avec les bons dosages. Grâce à ce film, les esprits ont bel et bien changé et une nouvelle ère dans le monde des effets spéciaux était amorcée.

 

Mais une incompréhension de plus persiste toujours aujourd’hui et la percap en fait les frais. Le public ne fait pas (ou mal) la distinction et met au même niveau mocap, percap et animation. Le travail n’est évidemment pas du tout le même. Dans l’animation, il n’y a aucune capture de mouvements, les personnages sont mus par des animateurs et non des comédiens et tout est absolument planifié avec soin en amont. Il s’agit sûrement de la pire insulte que l’on puisse faire au sujet de la percap.

Les Aventures de Tintin et le Secret de la Licorne (réalisé en full performance capture) devrait mettre tout le monde d’accord et rendre à la percap ses lettres de noblesse. Ce film est l’aboutissement de plusieurs années de progrès technique. Aujourd’hui très loin des personnages sans vies de Zemeckis,  une nouvelle ère du cinéma commence. Une fois de plus, quand la technologie est entre de bonnes mains, le résultat est un pur bonheur cinématographique.

 

Les Dupont et Tintin plus vrais que nature

Un nouveau regard sur le cinéma s’ouvre…

La percap était tombée en désuétude après les derniers films de Zemmekics, mais l’avenir semble au beau fixe pour cette dernière. Les plus grands d’Hollywood s’affairent aujourd’hui à développer cette technologie et ainsi pousser le réalisme virtuel à son paroxysme.  Le futur de la percap va se dérouler avec des films tels que Roger Rabbit II  , ce film sera encore une fois l’œuvre de Robert Zemeckics. Robert explique qu’il est impatient de travailler avec les associés de chez Disney.

Les autres films à venir en percap sont Avatar II et III  (2014 / 15), King Kong of Skull Island (2013), et  Tintin et le Temple du soleil (2014). La percap, marque de plus en plus de points ! Avatar en est l’illustration même près de neuf nominations aux Oscars ! Ce ne fut pas sans mal, sachant qu’il n’y a pas encore de catégorie « Performance Capture » aux Oscars. De plus, aucun comédien de percap n’a été nominé à ce jour, pourtant les prestations sont bien au rendez-vous avec comme parlé précédemment, Jim Carey et ses 8 rôles dans Le Drôle de Noël de Scrooge.

Chaque film en percap est une sorte de cobaye pour améliorer le futur. Le procédé change tellement tout qu’il oblige même à inventer un nouveau vocabulaire. A plus ou moins long terme la percap va niveler les productions. En effet, on peut créer absolument tout grâce à la dématérialisation et le tout numérique. Nous sommes ici loin des grosses productions Hollywoodiennes et plus dans l’esprit des films d’auteur qui collent parfaitement avec les envies de celui qui donne le ton. Pourquoi pas dans un avenir proche Les chansons d’amour de Christophe Honoré en percap ?

« Dans le cinéma, il n’y a jamais d’idées stupides. » Stanley Kubrick
Les Aventures de Tintin : Le Secret de la… par 6ne_Web

Anne-Sophie Cerdeira, Pierrick Le Noan, Déborah Tinland & Jonathan Josef

1 Comment

  1. Bret

    Intéressant et clair cet article, merci. Juste un détail, un paragraphe est doublé : celui commençant par « Mais dans la liste de ces différents protagonistes du cinéma d’effet spéciaux qui avaient retenu les avantages de cette technologie, … ».

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