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Comment Google veut nous rendre immortels

Elle est l’obsession des grands mégalomanes à travers l’Histoire. La quête de l’immortalité représente pour certain un espoir, pour d’autres une entreprise insensée et perdue d’avance. Pourtant les récentes initiatives de Google dans le domaine scientifique tendent à donner à cette chimère un visage de plus en plus tangible.

Tristan de Lagasnerie – 21 novembre 2013

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Vous souvenez vous de la dernière fois que vous avez passé une journée sans recourir à une application Google ? Certainement pas. Ce n’est plus à démontrer, en seulement 15 ans d’existence, la firme aux quatre couleurs a pris dans nos vies une place si grande que renoncer à ses gracieux services nous paraît au mieux très contraignant, au pire carrément inenvisageable (si, si, soyons honnêtes).

On connaît le pouvoir immense que Google gagne dans la maîtrise de l’information. De ses décisions souveraines dépend désormais la survie de pans entiers de l’économie. Google peut, par exemple, choisir arbitrairement de privilégier dans son référencement les petits webzines indépendants au détriment des grands quotidiens nationaux. On peut aussi débattre longuement sur la quantité phénoménale d’informations personnelles que la firme amasse pour affiner son algorithme, satisfaire son business model et répondre à sa préoccupation originelle : « organiser l’information à l’échelle mondiale et la rendre universellement accessible et utile« .

Google veut devenir incontournable dans le monde de la santé

Avec plus de discrétion, mais avec tout autant de détermination, Google oeuvre à devenir un acteur incontournable du monde de la santé. Encore peu connu en France, le mouvement transhumaniste fait son entrée dans les débats intellectuels et politiques. Ce courant de pensée mise sur le progrès et la convergence des Nanotechnologies, de la Biologie, de l’Informatique et des sciences Cognitives (les NBIC) pour que l’homme puisse un jour venir à bout du vieillissement et des souffrances. Conditions qui, selon le transhumaniste, sont inutiles et ne doivent pas être considérées comme une fatalité. L’idée est très tentante, d’autant que les récentes avancées technologiques et scientifiques rendent ce fantasme gagne en crédibilité.

Mais qu’est ce que Google et ses gentils Doodles ont à voir avec cette ambition délirante, me direz-vous ? 

Sergei Brin, l’un des deux fondateurs de Google a découvert en 2006 qu’il était porteur d’un gène lui donnant de fortes chances de contracter la maladie de Parkinson. Depuis, le milliardaire philanthrope n’a qu’une obsession: mettre Google au service de la recherche médicale afin de guérir d’une maladie qu’il n’a même pas encore contractée.

Sergei Brin, co-fondateur de Google et sa femme, Anne Wojcicki

En décembre dernier, Ray Kurzwell, l’un des plus éminents penseurs du transhumanisme et spécialiste de l’intelligence artificielle a rejoint le cercle des dirigeants de Google. Son livre, Singlarity, exprime l’espoir qu’il poursuit de rendre l’homme quasi éternel quand il sera capable d’uploader son cerveau dans le cloud. Rien que ça !

 

Nombreux aussi sont les fantasmes que Google entretient autour de Google X, un complexe secret dans la région de San Francisco où des projets débridés visant à révolutionner la robotique et l’intelligence artificielle sont à l’étude.

Faites séquencer votre génome dès aujourd’hui pour 99$

Mais le présent nous offre déjà d’approcher ces rêves chimériques de façon bien plus concrète. Sachez que pour seulement 99 dollars, l’entreprise 23 and Me, largement financée par Google et dirigée par la femme de Sergei Brin, séquence votre génome en un tour de main. Un prix très accessible donc, et une démarche aussi simplifiée que l’achat d’une paire de Tongs sur Zalando.fr. Les bénéfices seront séduisants pour certains, terrifiants pour d’autres. En effet, ce séquençage est accompagné d’un suivi en ligne grâce auquel vous pourrez connaître, entre autres, quelles sont vos prédispositions à contracter certaines maladies, quelles sont les réponses probables de votre organisme à certains médicaments ou allergènes.

23 and me

De façon moins anxiogène, vous apprendrez également quel pourcentage de Néandertalien demeure dans vos gènes. Et vous découvrirez les éventuels personnages historiques (eux-mêmes séquencés) qui sont susceptibles de figurer parmi vos ancêtres. Mieux, vous serez en mesure de localiser et contacter des proches dont vous ne soupçonniez pas l’existence. Aussi, le service 23andMe promet des mises à jour régulières au rythme des avancées scientifiques et du développement de la base de données que ses clients voudront bien fournir pour corroborer ce portrait génétique.

Ainsi, il n’est pas très risqué de parier que d’ici une dizaine d’années tout au plus, le séquencage de l’ADN aura dépassé le cercle de quelques early adopters (qui sont tout de même au nombre de 400 000 à l’heure actuelle). Ce sera une formalité sans doute rendue obligatoire dans une société qui considérerait marginal voir suspect un individu réticent à cette démarche de transparence et de pragmatisme médical. Messieurs, vous serez priés de renseigner vos banques sur vos prédispositions au cancer de la prostate avant de contracter un emprunt. Mesdames, vous prendrez soin de mettre en valeur les meilleurs atouts de votre génome sur votre profil Facebook tout en veillant bien sûr à ne pas être abordées par des prétendants dont les gènes vous paraîtraient un peu douteux.

Rien ne sert de mourir

Mais le meilleur est à venir ! Toute la presse mondiale s’est fait échos, il y a deux semaines, de l’entrée officielle de Google dans la lutte contre le vieillissement et la mort. En créant l’entreprise Calico (étrangement nommée après une ville fantôme située dans le désert de Mojave en Californie du Sud) Google veut entreprendre une « réflexion à long terme » qui sera considérablement accélérée par le recours aux Big Data et ayant pour ambition de “se concentrer sur la santé et le bien-être, et en particulier sur le challenge que constitue le vieillissement et les maladies associées”.

Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin dans la démonstration pour mesurer ce qui est en jeu dans la montée en puissance quasi monopolistique de notre moteur de recherche préféré. Les progrès technologiques que nous connaissons nous mettent dès aujourd’hui en face de dilemmes qui viennent remettre en cause l’essence même de notre humanité. Il est temps de mobiliser nos philosophes, nos juristes, nos politiciens autour des questions que soulèvent des initiatives qu’aucune force ne pourra modérer, sinon nos propres consciences en action. 

Ne soyons pas étonnés si des entreprises comme Google ou Apple se lancent dans une croisade décomplexée contre la mort et pour une intelligence artificielle qui pourra potentiellement nous asservir. Demandons-nous cependant si le monde que nous promettent ces enthousiastes Prométhées est celui que nous voulons pour nous-mêmes et pour nos enfants. Et tâchons de rappeler à nos amis de Montain View qui se plaisent à brandir leur slogan “Don’t be evil” que l’enfer est pavé de bonnes intentions. 

BONUS: Documentaire ARTE – Un monde sans humains

Sources:

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/04/18/google-et-les-transhumanistes_3162104_1650684.html

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/09/26/google-une-certaine-idee-du-progres_3485155_3234.html

http://philip.dru-administrateur.nwo.over-blog.com/article-transhumanisme-nbic-un-monde-sans-humains-120505043.html

http://www.wired.com/magazine/2010/06/ff_sergeys_search/all/1

http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/sante/20130919.OBS7698/google-s-attaque-a-l-immortalite.html

http://www.businessweek.com/articles/2013-09-27/23andme-wants-to-take-its-dna-tests-mass-market

 

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