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Chine : vers une démocratie 2.0 ?

A l’heure du 18ème congrès du Parti Communiste Chinois qui s’est ouvert hier, et qui verra la désignation de Xi Jinping  comme nouveau chef du Parti, de nouveaux acteurs s’invitent dans la vie sociétale chinoise : les réseaux sociaux.
Le web 2.0 et les internautes qui l’alimentent auraient-ils leur mot à dire dans cette société si opaque, alors que cette dernière croule sous la propagande et la corruption ? Tentative de réponse :

Nul n’est sans savoir que la Chine n’est pas une démocratie et que les 1,3 milliards d’êtres qui peuplent ce pays ne bénéficient pas tous des mêmes privilèges. La liberté d’expression est un droit qui se paye au prix fort et quiconque qui ne se soumet pas aux règles en vigueur est alors mis face à ses propres responsabilités.
Mais les gens du peuple ne sont pas les seuls à devoir faire attention à tous leurs faits et gestes. Les membres du parti, qui représentent tout de même près de 6% de la population, sont également soumis à certains codes. Et si le parti sanctionne durement toutes dérives avec la plus grande sévérité, les chinois, tout du moins certains, ne se laissent pas faire et se tiennent prêt à saisir le moindre faux pas des membres du parti.
Cela se manifeste principalement sur les blogs et les sites de microblogging comme Weibo, équivalent de Twitter, et plus récemment Weixin, semblable à Weibo avec une fonctionnalité de géolocalisation.

 

Weibo, le réseau qui décomplexe les chinois

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Aussi ironique que cela puisse être, en bloquant l’accès à Twitter, le gouvernement a permis le lancement d’un nouveau réseau social similaire, engendrant des effets pervers qui n’étaient probablement pas prévus. Lancé en 2009 et adopté aujourd’hui par près d’un chinois sur trois, Weibo a remporté un franc succès auprès de la population. Les commentaires affluent et les chinois s’ouvrent à une nouvelle forme de dialogue. Et c’est ce qui fait la force du réseau. Les informations s’y répandent si vite qu’il n’est pas aisé pour le gouvernement de filtrer celles qui les dérangent. Pourtant, la simple expression d’un avis n’était pas une chose innée, dans la culture chinoise.

On peut donc supposer que l’écran a su délier les langues. Cela a ainsi permis au peuple de se forger un certain esprit critique, c’est ce qu’on a appelé la « conscientisation ». Le gouvernement affirme se nourrir de cet outil pour répondre aux requêtes du peuple. Alors  outils de propagande masqué ou non, il est clair que la Chine a gagné une émancipation certaine vis-à-vis de ses dirigeants, et ce malgré les nouvelles mesures prises sur le réseau.*

 

Un évènement a particulièrement illustré ce phénomène. Alors que la Chine venait d’inaugurer sa toute nouvelle Ligne à Grande Vitesse (LGV) reliant Shanghai à Pékin en moins de 4h, un violent accident de train est survenu quelques jours plus tard. Un premier train a percuté à pleine vitesse un second provoquant la mort de près de 40 personnes et obligeant le parti à limoger trois hauts fonctionnaires du service ferroviaire local. Cette démission fait suite à la propagande du parti qui avait annoncé alors seulement 35 morts, seuil jugé acceptable par le parti pour ne pas procéder à des changements de grande envergure.**

Mais certains internautes ont menés leur enquête et le bilan s’est avéré bien plus lourd. Des photos démontrent même que le gouvernement a tenté d’enterrer des wagons pour camoufler l’affaire. Le TGV, considéré jusque-là comme le fer de lance de l’Empire du milieu, s’est transformé en quelques jours comme le symbole de la corruption.

 

Chasse à l’homme sur Internet : une justice d’un nouveau genre

Le livre Cyber China de Qiu Xiaolong fait d’ailleurs état de ces pratiques et place la chasse à l’homme sur internet au cœur du suspense. Pour exemple, un cadre éminent du parti communiste chinois a été pris en photo avec un paquet de cigarette très haut de gamme, allant à l’encontre des valeurs clamées par le gouvernement. La photo circule alors sur le net sans que le gouvernement puisse parvenir à arrêter sa diffusion. Une véritable chasse à l’homme s’engage et il est découvert que le fonctionnaire possède plusieurs appartements dans le centre-ville de Shanghai. Soupçonné alors de corruption, la thèse est soutenue par le parti qui le retient prisonnier dans en Shuanggui, sorte d’assignation à résidence. Il est retrouvé mort quelques jours plus tard, pendu. Mais plusieurs indices laissent à penser que ce suicide n’en est peut-être pas un.

L’histoire tourne donc à la fois sur la puissance d’internet dans le pays mais également sur le système d’un parti, qui malgré une corruption omniprésente, maintient une unité presque déconcertante. Ce livre met également en exergue la soif de vérité et le besoin d’expression des chinois qui seraient probablement frustrés par tant de propagande et de censure.

 

Le Parti Chinois de plus en plus exposé

A l’heure où la Chine est sur le point de désigner son 5ème Chef du parti, un scandale retentissant révélé fin octobre par le New York Times a mis à mal le numéro deux du parti actuel : Wen Jiabao. Cette  enquête de plusieurs pages accable lourdement le futur retraité. L’enquête révèle en effet que le dirigeant et sa famille avait amassé une fortune de près de 2,7 milliards d’euros. Cet homme était pourtant considéré pendant longtemps comme « un homme du peuple », une image soigneusement véhiculée lors de sa présence auprès de mineurs pendant le nouvel an chinois ou bien encore lorsqu’il fut le premier homme du parti à serrer la main à un homme contaminé par le virus du Sida. Le site du New York Times fut immédiatement bloqué par les personnes en charges de la sécurité sur internet, appelées plus communément « police du web ». Mais le feu avait déjà pris sur les réseaux sociaux et sa réputation, qu’il avait mis tant d’année à construire fut réduite en cendre.

Aujourd’hui, le fonctionnement du pays est beaucoup trop opaque pour décrypter en profondeur tout ce qu’il s’y passe. Mais une chose est sûre, les chinois ne sont pas dupes et une partie d’entre eux sont particulièrement actifs sur la toile, et s’accroche à faire éclater la vérité. Une manière pour eux de contester un régime politique autoritaire en mettant en œuvre un mouvement contestataire sous forme de guérilla.
Un jour peut-être, à l’heure où le parti se divisera, les internautes puis le peuple reprendront le contrôle.

 

* En mai 2012, le gouvernement a mis en place un système de permis à point. Chaque fois qu’un utilisateur publiera un message considéré comme une infraction par le gouvernement, l’utilisateur se verra retirer un certain nombre de points. Cette mesure fait suite à une première interdisant les comptes anonymes.

** Le site japonais JCast révèle que le Bureau du Parti Communiste Chinois aurait édicté une funeste règle fixant à 35 le nombre de morts officiels  affichés en cas de catastrophes.

Alexandre COTTE


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