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Application de rencontres : la dématérialisation des relations sociales

Si l’amour de ta vie (ou de ta nuit) se trouve au coin de la rue, pourquoi espérer le croiser dans le meilleur bar de ton quartier. Pour cette génération d’ultra connecté, accros aux relations passagères et artificielles, les applications de rencontres géolocalisées gratuites ont connu un franc succès.

Le marché de l’amour, de tout temps, a été, est et restera un marché qui ne s’essoufflera jamais, un marché où la demande existera toujours tant qu’il y aura une société. Le dilemme actuel traite plus de l’équilibre, ou plutôt du déséquilibre entre l’offre et la demande . Les marketeurs, plus que conscient du potentiel financier représenté par l’évolution et les nouveaux modes de relations de relation sociales, misent gros sur l’innovation permanente et la capacité à proposer de nouveaux modèles. Le problème se situe dans le fait que les utilisateurs, inondés et surexposés à ces nouvelles propositions quasi quotidiennes, ne savent plus lesquelles choisir, sont incapables de fixer un moyen unique d’accéder au lien social et, en conséquence, perdent de vue leur objectif premier : la rapport social et l’envie de tisser du lien. Ce que l’on pourrait désigner comme une perversion des relations humaines, dans le sens où la notion d’échange et de partage est devenu complètement abstraite du fait de sa virtualisation, est devenu omniprésent dans notre société sans que nous ne puissions rien y faire sans être considéré comme obsolètes ou has-been. Les réseaux sociaux en sont la première et plus flagrante illustration.

L’apparition de ce nouveau genre d’application a fortement impacté le marché des applications mobiles. Leur histoire commence, si nous passons sur le téléphone rose du minitel qui le premier a cassé les codes de cette idée de la rencontre romantique dûe au plus beau des hasards, en 1997 avec la création de Nectub, premier site français  de rencontre en ligne. Il faut se rappeler que nous parlons ici des débuts d’internet et ce nouveau mode de rencontre représentait une véritable révolution pour les utilisateurs de l’époque. Nectub a été suivi de près par son petit frère, “Amoureux”, premier site gratuit de rencontre en ligne. Après cela, les années 2000 ont donné lieu à une cascade d’arrivée de nouveaux venus : Easyflirt, adopteunmec, edarling, Attractive World, et le plus connu et plus emblématique de tous, Meetic. La promotion de ces différents sites s’est immiscée furtivement dans notre quotidien par des spots publicitaires sur TF1 ou M6 aux heures de grande écoute, entre deux partie de “Coucou c’est nous!”, nous laissant penser que nous pouvins acheter du lien social ou l’amour comme on va au supermarché acheter la dernière lessive MIR.

Et un supermarché, c’est bien cela dont il s’agit. Ces application nous poussent à choisir notre partenaire comme on achète un rosbeef. Inconsciemment, nous étudions l’ensemble de l’offre en se basant sur des critères bien précis qui, nous pensons, pourront combler toutes nos attentes. Nous laissons alors de côté l’aspect qui peut faire la magie d’une rencontre. Au delà de ça, nous complétons nous profils sans se dévoiler nous-mêmes mais en réfléchissant à cette image qui nous vendra le mieux : quelle phrase fera que qu’on me matchera plus qu’une autre ? quelle photo et quel filtre me mettrons assez en valeur pour que l’on éprouve du désir pour moi ? Nous nous auto-marketons.

Millenials, génération Y, digital natives, autant de termes pour définir ces utilisateurs quotidiens des ces nouvelles applications de rencontres. Certes, grâce à ces Tinder, Once ou encore Happn, de nouveaux horizons et de nouvelles possibilités de rencontres s’ouvrent à nous. Cela nous permet de sortir de nos cercles sociaux habituels, d’avoir, comme la majorité le dit haut et fort, plus de choix ou du moins l’opportunité de mieux choisir. Plus de swipe, plus de rencontres, plus de critères, plus de déception : où est donc passée la spontanéité de la rencontre physique et de sa séduction avec tous les regards en coin, sourires timides, touchers léger et éclats de rire qu’elle implique ?

Nous avons maintenant les clés en main, nous devons avoir ce recul d’analyse sur notre propre situation et sur notre comportement. C’est à notre libre-arbitre de juger si oui ou non nous voulons jouer à ce petit jeu qui, à n’en pas douter, évoluera toujours plus vite et toujours plus fort dans les années à venir.

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