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Presse en ligne : au-delà des idées reçues

presse en ligne

La presse papier remplacée par la presse en ligne est aujourd’hui le leit-motiv de toute analyse de l’évolution actuelle des médias. Mais la question ne serait-elle pas de savoir en quoi la presse en ligne transforme le secteur et ce qu’il y a derrière ce constat trop simpliste ?

Pour introduire le propos, il nous faut poser objectivement le contexte. Aujourd’hui, la presse papier française est en crise tant au niveau de ses lecteurs que de sa situation financière, les deux étant bien évidemment liés. Les ventes de journaux chutent et cela est valable quelque soit leur positionnement politique ou leur ligne éditoriale. L’unique exception est le journal La Croix dont les ventes sont en légère augmentation.
crise libérationLa situation devient même véritablement critique : Libération est dans une situation grave depuis un long moment et se voit obligé aujourd’hui de réduire ses effectifs, Le Monde a terminé l’année dans le rouge, l’État a dû tirer un trait sur la dette de 4 millions d’euros que L’Humanité lui devait, Marianne est à vendre… Une situation critique.

 

La migration vers le digital

L’une des raisons de ce déclin général est, en effet, le fait que la lecture numérique de l’actualité a explosé ces dernières années. Les lecteurs sont fortement attirés par la gratuité, la mobilité et la diversité induites par internet. C’est pour cette raison que l’on voit plusieurs journaux passer au tout digital.

Les journaux papiers peinent encore à monétiser avantageusement leur site. Les recettes proviennent aujourd’hui majoritairement des affichages publicitaires en display ainsi que des abonnements clients (accès à tous les articles et aux archives du journal).

 

Le digital : seul responsable ?

Mais au-delà de la migration vers le numérique, d’autres facteurs rentrent en compte et se font de plus en plus pressants ces dernières années.

itéléTout d’abord, à cette ascension du digital coïncide une autre tendance forte, moins abordée, qui est l’essor de la TNT et de ses chaînes d’information (BFM TV, iTélé, etc.). Elles sont, certes, très pratiques pour avoir un aperçu bref et rapide de l’actualité quotidienne mais elles sont également montrées du doigt pour le manque de profondeur de l’information diffusée et le manque d’analyse. Cette tendance s’accompagne de nombreuses craintes quant aux risques d’aboutir à une information à deux vitesses : les personnes aux moyens élevés pouvant se procurer de l’information de qualité et les autres se contentant de sujets survolés, d’autant plus que les journaux se voient obligés d’augmenter leur prix face à leur difficultés financières.

D’autre part, la presse subit d’une manière générale une baisse drastique de sa crédibilité auprès du grand public. De plus en plus de personnes pensent que les journalistes et les informations sont éloignés de la réalité, que certains sujets sont trop médiatisés, d’autres trop peu et déplorent globalement un manque d’information en général.

À cela se combine la critique d’une uniformisation du contenu des médias : les mêmes sujets abordés massivement, les mêmes informations, des analyses quasiment similaires, les mêmes experts, voire une absence de certains points de vue sur des sujets pourtant cruciaux : Union européenne, euro, politique étrangère et diplomatie, etc.

Donc, au-delà d’un simple transfert vers le numérique, c’est une mutation structurelle que connaît le secteur des médias en France aujourd’hui.

 

Quelles mutations ?

Premièrement, comme nous l’avons vu, les chaînes de télévision en continue tendent à capter l’attention des spectateurs, auparavant vouée à la lecture de l’actualité (notamment papier mais également digitale).

Plus particulièrement, des deux précédents constats (baisse de la crédibilité et uniformisation des médias « traditionnels ») découle une autre tendance, aisément observable, qui est la montée des sites internet dits « subversifs ». En effet, il faut éviter l’analyse simpliste du digital qui veut qu’un lecteur du Figaro papier devienne un lecteur du Figaro.fr. Ce faisant, on passerait à coté d’un constat important, qui est qu’avec internet sont apparus de nouveaux médias qui n’existaient pas avant. Ainsi, ce fut l’opportunité pour les lecteurs d’accéder à de nouvelles sources d’information, des plus classiques et neutres aux plus orientées, les détournant partiellement ou totalement de leurs anciennes lectures. Ils trouvent avec internet de nouvelles informations, de nouveaux commentateurs ou encore de nouveaux tons pour traiter l’actualité.

diversification pure playersAinsi, on observe que les lecteurs se dirigent de plus en plus vers des sites fortement marqués et positionnés politiquement. Ceux-ci sont moins consensuels, avec un ton plus direct et largement assez diversifiés pour que chacun trouve celui qui lui corresponde. Les blogs politiques les plus populaires sont de différents bords politiques. Sans abandonner complètement les médias traditionnels, les lecteurs prolongent ce qu’ils y voient en ayant recours à ces blogs, qu’ils utilisent comme un complément.

 

Quel avenir pour la presse française ?

La presse papier va être massivement affectée et de nombreux journaux risquent de disparaître à terme. Mais les médias en question trouveront refuge sur le web où ils devront apprendre à s’adapter à cette nouvelle technologie pour pouvoir en tirer partie au maximum (référencement et monétisation).
Au-delà de la « BFMisation » de l’actualité, il ne faut pas oublier que les nouveaux médias du net ne font que répondre à une demande non satisfaite des lecteurs, et cela depuis longtemps : de l’information moins consensuelle avec un ton plus authentique et pleinement assumé.

copyright : lynchpinbiomedia.com, ojim.fr, blogs.e-artsup.net, vuesalateleleblog.over-blog.com, global.fr

5 Comments

  1. Alexandra Gauvry

    Article très intéressant. Contrairement à de nombreux journalistes, tu ne t’aies pas contenté de nous dire que c’était uniquement en raison d’Internet mais tu as creusé le sujet pour trouver d’autres raisons. Bravo !

  2. Pascale Marchand

    Bonjour, votre article m’a beaucoup plu. L’angle adopté est différent de ce que l’on peut lire ailleurs et j’espère, comme vous le dites en conclusion, que les médias nous livreront désormais sur le web « de l’information moins consensuelle avec un ton plus authentique et pleinement assumé ». Merci

  3. Grégory Ménil

    Ton article est vraiment à lire ! Moi qui ne m’intéresse pas trop à ce genre de sujets habituellement, je l’ai lu d’un trait. Ton analyse est fine. Je pense comme toi que les gens cherchent aujourd’hui plus que de l’info, ils cherchent des médias qui osent prendre position.

  4. Damien Vessa

    Super intéressant. Merci !

  5. Samuel Migaut

    Oui, en effet, ça change des idées reçues. Tu aurais également pu mentionné le fait que les journaux survivent aujourd’hui grâce aux très larges subventions de l’État, donc nos impôts ; )

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