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Le CV est mort ! Vive le CV !

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Des années que l’on nous annonce régulièrement la disparition du sacro-saint Curriculum Vitae et des années que celui-ci s’accroche au processus de recrutement tel une bernique sur son rocher…

Comment à l’heure des Linkedin et autre Viadeo peut-on encore trouver des annonces demandant CV + LM ?

Oui ! Je m’interroge… Bon, soyons honnêtes ! La question m’a été posée par Julie, lors d’une après-midi « je refais le monde entre bonnes copines, que ça sert à rien mais ce n’est pas grave parce qu’un jour les autres sauront que nous, nous savions… » Mais je m’égare…

Je me demande comment un recruteur peut il décemment, en 2014, demander un CV ?

Faire une recherche Linkedin est-il si compliqué ?

On nous rabâche à longueur de temps qu’il faut soigner sa e-réputation, que TOUS les employeurs feront une recherche Google sur notre nom, et qu’il est donc indispensable d’avoir géré sa présence numérique…

Travaillant dans le digital, je ne peux que souscrire à cette idée… Je googlise moi-même régulièrement les personnes que je rencontre, et encore davantage les candidats… Et justement, c’est là que mon interrogation arrive…

Parce que je googlise entre autre pour m’éviter la lecture fastidieuse de CV plus souvent indigestes qu’on ne pourrait le croire, et surtout parce que je crois qu’il est plus difficile d’enjoliver sur les réseaux sociaux professionnels que sur un CV.

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J’ai, moi aussi, à une certaine époque modifier des termes, broder autour d’expériences pas toujours heureuses mais qui ont parfois remplies leur fonction principale, à savoir payer mon loyer et remplir mon assiette. Et c’est ainsi que mon poste de vendeuse saisonnière en boutique est devenu un poste de responsable de boutique sur la période estivale… Je n’en suis pas fière, je n’en ai pas particulièrement honte non plus… A la guerre comme à la guerre… !

J’ai connu (oui je suis vieille et j’assume) l’époque où toutes les personnes en recherche d’emploi attendait fébrilement la sortie du Figaro le lundi matin, où le minitel de l’accueil de ton job étudiant devenait ton meilleur ami, et où l’envoi massif de CV était aussi efficace que jeter une bouteille à la mer.

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Et puis, Internet est arrivé, et avec lui, les sites corporate des entreprises, et avec eux les rubriques emploi, les sites spécialisés… Bref, disons le ! Une révolution ! Une vraie…

Quelques années plus tard, le web 2.0 était là et les réseaux sociaux avec et c’est ainsi que la rumeur est née… Le CV était voué à disparaître…

Bon ! Soit ! Le CV est mort ! Vive le CV 2.0 !

Sauf que quelques années plus tard, le CV 2.0 est bien là… Vous ne me croyez pas ? et bien lisez ceci ! Oui, il s’agit de mon CV 2.0, mon profil Linkedin quoi ! Mais… Oui, vous m’avez vu venir, il y a évidemment un « Mais ».

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Mais, ce magnifique profil co-existe avec le bon vieux CV, celui que tous les recruteurs m’ont demandé de leur adresser par fax (oui, je vous l’ai dit, je suis vieille…) ou par mail.

J’en reviens donc à l’objet de cet article… Pourquoi ?

Les chiffres sont là pour le prouver, le e-recrutement se développe chaque jour un peu plus, tous les chargés de ressources humaines saluent ce nouveau canal qui permet de dénicher les futures forces vives de l’entreprise.

 

Et pourtant, il n’y a rien faire, cette pratique franco-française a la dent dure et peine à disparaître… Je vais peut être (sûrement) passer pour la rabat-joie de service, mais il est tout de même ahurissant de constater qu’en France, il y a vraiment des choses qui ne changent pas ou ne semblent pas vouloir changer.

Je ne suis pas experte du recrutement, ni en France, ni chez nos voisins européens mais j’ai tout de même le sentiment que chez eux, les choses bougent un peu plus vite… Alors oui, je sais, l’herbe est toujours plus verte chez le voisin, mais sur ce sujet précis, je crois que, malheureusement, c’est vrai !

Pourtant, en 2012, un homme nous l’a promis : « le changement, c’est maintenant ». Bon, ok, je vous accorde qu’il ne parlait pas forcément de recrutement, mais tout de même, dans un pays où le chômage avoisine les 12%, on pouvait penser que ce changement annoncé concernerait aussi les processus de recrutement…  On ne peut nier, toutes sensibilités politiques mises à part, que depuis, plus rien ou pas grand chose.

Ne nous y trompons pas, le CV est l’arbre qui cache la forêt… Cette résistance au changement, sacralisé par ce document, n’est que la partie visible de l’iceberg.

A l’aube du web 3.0, comment peut-on être une entreprise agile, innovante ou se revendiquer comme telle, et être encore à ce point rigide et conformiste dans ses modes de recrutement ?

Je le disais plus haut, le CV est l’arbre qui cache la forêt… Vos compétences n’auront de valeurs que si vous possédez les diplômes censés vous les avoir données… Oui, Mesdames et Messieurs, les compétences vous sont transmises par vos diplômes.

On me dit dans l’oreillette que ce n’est pas tout à fait exact… Ah ? Oui, je le sais ! Je suis la preuve vivante que les compétences ne viennent pas (toujours) avec les diplômes.

Loin de moi l’idée de faire un procès d’intention aux grandes écoles qui ont fait leurs preuves sur bien des aspects, mais j’attends toujours l’étude sociologique sur le management qui m’apportera le début de fondement de la théorie bien répandue qui voudrait qu’un être diplômé d’une grande école est un meilleur manager qu’un mec formé à l’école de la vie.

Pour avoir eu la chance, ou la malchance – c’est selon – de fréquenter les deux, je pense pouvoir dire sans me tromper que la professionnelle que je suis doit autant à l’une qu’à l’autre, et si je suis très honnête, l’école de la vie a donné de meilleurs résultats.

Le problème de l’école de la vie ? Pas reconnue par l’Etat, en encore moins par les entreprises. Ou bien trop peu pour que cela soit pertinent.

Ma vie professionnelle est pour le moins atypique, et si l’on se base sur mon CV, je suis une imposture… Et pourtant, mon employeur actuel n’a pas à se plaindre… Les clients que je gère chaque jour n’ont pas à se plaindre et moi, je prends un plaisir inégalé à ce poste que mon CV aurait dû m’interdire…

Alors oui, il reste des gens capables de lire entre les lignes, il reste des entreprises capables de se rendre compte que si elles lisent mon profil Linkedin, mes compétences ne sont pas toutes sanctionnées par un diplôme, mais elles sont bien réelles.

Du fait de ce parcours atypique, j’ai évidemment vécu des entretiens où mes changements trop fréquents de voie et d’entreprise ont donné une vision pas du tout rassurante de ma personne, en mode inquisition silencieuse où seul le regard en dit long : « Elle va nous faire la même, c’est sûr ». Ce regard qui hurle dans un silence assourdissant l’interrogation sur ma stabilité, ma constance et ma dévotion à l’entreprise qui m’emploie.

Je n’ai pas de chiffres à vous fournir, je n’ai pas d’étude sociologique sur laquelle m’appuyer, je n’ai pas les clefs pour rassurer une entreprise qui considèrera qu’employer un tel ou une telle permettra un ROI acceptable.

Par contre, j’ai l’expérience de la vie… Celle qui me fait dire que j’ai eu bien de la chance de croiser des gens qui ont su prendre de la hauteur par rapport à mon CV, des recruteurs qui ont su évaluer celle que j’étais plus que celle que mes diplômes étaient censés faire de moi.

Et j’ai très envie de croire qu’un jour, très prochain j’espère, les entreprises sauront être vraiment agiles et innovantes et recruteront au delà d’un CV, au delà d’un résultat Google pour replacer l’humain au cœur du processus.

Je ne suis pas une experte RH, je n’ai pas envoyé des millions de CV, encore moins passé des centaines d’entretiens et j’ai parfaitement conscience que mon avis est forcément partiel et partial.

Mais je me dis qu’à l’ère du digital, si le CV pouvait disparaître pour laisser la place à une présentation de soi qui prenne davantage en compte expérience réelle et quotidienne et qui permette enfin d’exercer des métiers, occuper des postes davantage liés à nos comportements et nos aspirations.

Comment ? Oui, je fais un rêve… Mais j’ai grandi avec des gens qui m’ont appris qu’il n’y a pas de rêve impossible…

J’ai donc très envie de rêver à ce jour où, au milieu de cette ère de l’individualisme poussé à outrance, où le plus vaillant des guerriers remportera tous les combats, ceux qui emploient auront enfin compris que la véritable victoire est liée au collectif et à l’humain.

1 Comment

  1. Gwenaëlle

    J’ai toujours trouvé mes jobs grâce à des annonces et en donnant mon CV. Il ne faut pas oublier que chez l’annonceur le 1er réflexe c’est d’imprimer les CV pour les relire, les annoter et les faire tourner. Rien de choquant en cela. Un CV ça se travaille, ça se magnifie, ça s’innove également pour sortir du lot. Linkedin c’est rien qu’un e-cv, ça ne réinvente pas la poudre non plus. A noter également que cette problématique ne s’applique qu’aux secteurs d’élite : la com et le market, l’informatique c’est déjà beaucoup moins et ne parlons même pas des professions manuelles. Autour de moi personne n’est sur linkedin.

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