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Le nouveau Steve Jobs veut coloniser Mars

Un jour, quand les historiens du futur analyseront les progrès de l’humanité au XXIe siècle, ils pourraient bien considérer que l’un des moments clés de notre ère s’est produit fin 2012 dans la chambre d’Elon Musk, sur les hauteurs de Los Angeles.

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Elon Musk, 42 ans, visage d’adolescent, sourire poli, éternellement vêtu d’un jean et d’un tee-shirt noir moulant, n’est pas un entrepreneur classique. Consacré homme d’affaire de l’année par le magazine Fortune, il pesait 7,7 milliard de dollars en 2013, il pourrait bien devenir l’homme le plus riche du monde d’ici une décennie. Un fou ? peut-être. Mais un fou qui a l’habitude assez déconcertante de transformer ses rêves en réalité.

Le fondateur d’Apple disait changer le monde. Musk veut sauver l’humanité.

Persuader que l’avenir de l’humanité est est menacé sur la Terre et que les hommes doivent devenir une espèce multiplanétaire pour survivre à long terme. Musk créer SpaceX, il tente d’acheter des fusées à Paris puis à Moscou, et décide puisqu’elles  sont trop chères, d’en fabriquer lui même. Résultat : la Nasa finit par lui déléguer, pour 1,6 milliard de dollars, l’approvisionnement de la station spatiale internationale. Aujourd’hui SapceX vient de placer coup sur coup deux satellites commerciaux en orbite.

Comme tous les deux ou trois mois, lorsqu’il est sous sa douche, l’entrepreneur milliardaire a eu un éclair de génie. « Ce jour la raconte-t-il, j’ai réalisé qu’un moteur de fusée fonctionnant avec un mélange méthane-oxygène liquide pourrait atteindre une impulsion spécifique supérieure à 380 » . Bon, dit comme cela, ça n’a pas l’air historique. Sauf quand on vous explique qu’une fusée ainsi équipée à la capacité de quitter l’atmosphère, de voyager jusqu’à Mars, de refaire le plein sur place (en produisant une réaction avec la glace et le CO² présents sur cette planète) et de revenir sur la Terre. Ce qui transforme la façon dont nous concevons le voyage dans l’espace. On pourra désormais envoyer plus facilement des hommes sur Mars, puisqu’on n’aura plus besoin d’embarquer du combustible pour le retour.

Il annonce un billet à 500 000 euros aller-retour (trajet de trois à six mois) pour la planète rouge, mais n’a pas encore dévoilé son concept de ville martienne. Cela ne devrait pas tarder.

Une vie à la Steve Jobs

Lorsqu’on examine le parcours, les innovations révolutionnaires et la vision du futur de ce serial entrepreneur, qui plus est dans des secteurs à chaque fois différents, un autre nom vient à l’esprit : Steve Jobs. Ce dernier a lui aussi abandonné ses études, lancé une société informatique peu après ses 20 ans, été débarqué de sa propre boîte (Elon Musk a été éjecté de la direction de Paypal par ses associés en 2000, pendant qu’il était en vacances). Jobs s’est également servi de son premier succès (Apple) pour financer le suivant (Pixar). Et jusqu’à sa mort en 2011, il était lui aussi toujours habillé de la même façon. Les deux hommes partagent des principes entrepreneuriaux similaires : travailler pour une idée plus grande que soi-même, ne pas se focaliser sur l’argent, se confronter à des modes de pensée d’autres univers, simplifier les choses autant que possible mais pas d’avantage, s’immerger dans les technologies de pointe, etc.

A la tête d’Apple l’entreprise la plus chère du monde, Steve Jobs a transformé quatre industries : l’informatique, le cinéma d’animation, la musique et la téléphonie. « Voulez vous venir avec moi changer le monde ? » demandait’il au top managers qu’il débauchait. Elon Musk pourrait poser la même question à ses partenaires. Sauf que l’entrepreneur, dont le réalisateur d’Iron Man dit s’être inspiré pour donner chair à son personnage de super héros, veut réellement sauver l’humanité. De quoi nous faire oublier Steve Jobs et sa révolution dans les téléphones et la musique.

Comment pense un entrepreneur de cette trempe ? Tout d’abord une question de vision. Celle d’Elon Musk est bâtie sur sa passion pour la physique. C’était l’objet de son master à Wharton. C’est elle qui le pousse à croire aux énergies durables et à l’électrique comme futur mode de propulsion le plus efficace. Il est aussi persuadé que l’avenir de l’humanité est menacé sur la Terre et que les hommes doivent devenir une espèce multiplanétaire pour survivre à long terme. D’où la conquête spatiale. Pour mettre sa vision en oeuvre, il affirme s’appuyer sur les principes fondamentaux de la physique. « Il faut faire bouillir les choses jusqu’à obtenir la matière sèche, les principes fondamentaux de la physique, et commencer à réfléchir à quelque chose de nouveau en partant de cela, confiait’il en marge d’une conférence TED, au début de 2013. En raisonnant par analogie, on ne fait que copier l’existant en y apportant de légères améliorations ».

Space X a été fondé comme cela. Musk a repris les données de la Nasa et fait ses propres calculs. Il s’est aperçu que les coûts de matériaux et de carburant des fusées américaines représentaient à peine 1% du budget total d’un lancement, un ratio qu’il n’avait encore jamais vu dans aucune autre industrie. Autrement dit, les coûts de fonctionnement et de production étaient bien trop élevés. Il a alors consacré une part énorme de sa fortune à faire repenser la fabrication de son lanceur Falcon pour arriver à les réduire. Sans savoir si cela réussirait. Idem pour Telsa, dans lequel il a investi ses derniers dollars en 2008, au début de la crise, afin de maintenir sa compagnie à flot et de donner une chance au Model S de voir le jour. « Honnêtement, je pensais que j’allais échouer », rigole ‘il aujourd’hui. Mais il a agi en visionnaire : il s’est concentré sur l’infime possibilité de succès. Et il s’est acharné.

Champs de distorsion

Au jour le jour ce patron raisonne à la fois en stratège et en ingénieur. « Il divise implacablement les grands défis en problème plus simples et les décortique pour obtenir un résultat », explique Steve Jurveston, un capital-risqueur qui a investi dans Space X et Telsa, et coïncidence a côtoyé Steve Jobs dans les années 1990. « Ils ont la même façon de fonctionner ». Elon Musk est capable de passer d’une vue d’ensemble à un point microscopique. Les détails l’obsèdent.

Le charismatique Steve Jobs générait autour de lui une sorte de « champ de distorsion de la réalité » une capacité magnétique assez brutale à faire pencher l’opinion de ses interlocuteurs de son côté. Elon Musk a la même force de persuasion, mais il utilise davantage la logique froide et la patience.

 

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