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Prévoir les crimes grâce au Big Data … et plus encore !

« Vous êtes en état d’arrestation pour le futur meurtre de Sarah Marks ! » Cette réplique culte extraite du film Minority Report résonne encore comme un fantasme hollywoodien farfelu. Pourtant, les récentes avancées technologiques et la massification du traitement de nos données personnelles nous rapprochent très sérieusement d’un tel scénario.

Tristan de Lagasnerie – 26 février 2014

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Vous avez aimé “Minority Report ?… Ce film réalisé en 2002 par Steven Spielberg nous plongeait dans le Washington des années 2050 où un système très sophistiqué de prévention/détection/répression a éradiqué le meurtre. Impossible ! me direz-vous. Jetez donc un oeil sur ce spot publicitaire:

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Vous venez de voir une vidéo faisant la promotion d’un logiciel nommé Blue C.R.U.S.H.. Depuis 2008, ce programme est devenu le fer de lance de la police de Memphis, ville connu pour son taux élevé de crimes (1 750 pour 100 000 habitants ! La quatrième ville la plus dangereuse des Etats-Unis).

En quoi cela consiste ? Blue C.R.U.S.H. (Crime Reduction Utilizing Statistical History) est un logiciel qui prélève et rassemble avec l’aide de caméras et des forces de police un maximum de données sur les délits qui surviennent dans un territoire. A mesure qu’elles s’accumulent, les données sont traitées par l’ordinateur qui, sous formes de statistiques, fait émerger des tendances et des probabilités; probabilités sur lesquelles les policiers vont se baser pour régler leurs patrouilles.

En bref, il s’agit d’envoyer les policiers dans les “hot spots”; là où la probabilité qu’un crime survienne est la plus élevée, et ainsi arrêter un délit avant qu’il ne se produise.

Et ça marche! Depuis son lancement il y a 7 ans, Blue C.R.U.S.H. a vu le nombre de meurtres et de cambriolages diminuer de 36% à Memphis. Le vol de véhicules motorisés a quant à lui chuté de 55% !

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Cependant, recourir aux ordinateurs et aux calculs de probabilité pour prévenir la criminalité peut poser de sérieux problèmes éthiques.

Chicago est connue pour faire partie des villes américaines où le système d’analyse prédictive est le mieux intégré. Le principe ne fait plus l’unanimité depuis la création des “heat list”. Il s’agit d’un index d’environ 400 habitants de Chicago qui sont, selon les statistiques, les plus enclins à commettre un délit. Inspirée par une étude d’un sociologue de Yale, et compilée à l’aide d’un algorithme créé par un ingénieur de l’Illinois Institute of Technology, la “heat list” est juste un exemple de ce que la CPD (Chicago Police Department) met en oeuvre pour faire entrer la police dans le 21ème siècle. La polémique sévit autour de ces listes de “potentiels criminels” puisque un flou demeure concernant le type de données qui sont prélevées pour les constituer. En effet, le système flirte dangereusement avec le fichage éthnique !

 

Comment en est on arrivé là ? Les données personnelles que nous déposons continuellement sur Internet nourrissent un gisement d’informations qui sont devenues le carburant d’une nouvelle révolution industrielle modifiant profondément et insidieusement nos modes de vie. A l’instar du pétrole, les données personnelles sont prélevées et raffinées avant de devenir des informations exploitables par des entreprises à des fins de publicité ciblée et de spéculations en tout genre.

Désormais, la révolution consistant à exploiter ces données pour anticiper l’avenir est en marche, et elle se déroule sous nos mains consentantes dans le concert mondial des cliquetis de nos souris et claviers.

La sécurité n’est pas le seul domaine à être investi par ces statisticiens apprentis sorciers qui misent sur le Big Data pour mater l’imprévisible. Santé, sport, politique, consommation, chaque secteur est concerné.

Comme on l’imagine, l’usage des données à des fins de prédiction comporte des enjeux financiers colossaux. Ce n’est pas un hasard quatre géants du Net (Google, Amazon, Facebook et Apple) détiennent  80% de ces données personnelles mondiales. 

Les données que nous fournissons à ces entreprises valent leur pesant d’or. Malheureusement, trop peu d’internautes sont sensibilisés aux arcanes de cette nouvelle industrialisation qui ne dit pas son nom.

A la manière des financiers qui spéculent sur tout et n’importe quoi, les nouveaux industriels du Net, dans la logique d’un capitalisme débridé, voudraient mettre le monde et l’Homme en équation. Il est grand temps de débattre sur l’aboutissement d’une telle ambition.

Sources:

http://www.memphispolice.org/blue%20crush.htm

http://www.city-data.com/crime/crime-Memphis-Tennessee.html

http://www.theverge.com/2014/2/19/5419854/the-minority-report-this-computer-predicts-crime-but-is-it-racist

1 Comment

  1. […] La sécurité : Boston s’est équipée d’un logiciel de lutte contre la criminalité : Blue Crush. Ce logiciel a été conçu grâce aux multiples données sur les délits qui surviennent dans un […]

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