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Quand la réalité augmentée s'invite au musée

Exposition en réalité augmentée au MoMA New-York (2010)

Exposition en réalité augmentée au MoMA New-York (2010)

Que vous aimiez aller au musée ou non, que vous visitiez des salles d’exposition toutes les semaines ou tous les deux ans, une chose est sûre : comme partout où vous allez, vous avez votre téléphone dans la poche, les lieux culturels ne font pas exception. Les musées l’ont bien compris et tentent depuis quelques années de développer au mieux leurs services aux nouveaux usages mobiles, notamment à travers des applications.

A Paris, 54 musées possèdent une application permanente : plan des lieux, horaires d’ouverture, liste des expositions temporaires ou permanentes, parfois billetterie intégrée, catalogue de l’exposition voire audioguide complet (en version gratuite ou payante), etc. Les contenus sont nombreux, utiles, peu originaux et n’intègrent que trop peu souvent la réalité augmentée. Oui, la réalité augmentée, cette technologie qui permet d’ajouter par superposition des contenus virtuels au réel par le biais d’un écran, par exemple celui de votre téléphone ou de votre tablette.

 

La réalité augmentée, quels avantages pour les musées ?

Au sein des musées et lieux d’exposition, la réalité augmentée a déjà été testée à plusieurs reprises. Elle permet de compléter le parcours classique du visiteur avec des informations inédites, ou complémentaires de dispositifs déjà disponibles sur place (comme les audioguides ou les fiches descriptives). Elle ajoute une touche ludique à la visite sans encombrer physiquement l’espace d’exposition. Il s’agit également parfois d’un moyen trouvé pour exposer des œuvres qui ne peuvent pas sortir des réserves pour des raisons multiples et variées.

 

Quatre grandes utilisations de la réalité augmentée dans les musées

A force de recherches sur le sujet, j’ai commencé à entrevoir 4 utilisations différentes d’applications ou de systèmes présentant la réalité augmentée dans le parcours d’une exposition :

  1. La mise en contexte. En 2011, l’exposition « Stories Behind the Paintings » à la galerie Sukiennice du Musée National de Cracovie a ainsi utilisé la réalité augmentée pour donner vie aux protagonistes des peintures et renforcer l’intérêt des jeunes et moins jeunes pour l’art pictural exposé
  2. L’exploration. En septembre 2011, l’application de l’exposition « Montréal – Points de vue » du Musée McCord propose de (re)découvrir Montréal en voyageant dans le temps à travers 150 lieux de la ville. Cette initiative présentant le passé et le présent d’un même lieu, a été récompensée en octobre 2012 au Festival International de l’Audiovisuel & du Multimédia sur le Patrimoine
  3. L’aspect ludique. C’est véritablement le British Museum qui fait figure de précurseur sur cette technologie. A l’automne 2010, à l’occasion de son exposition « Journey to the Afterlife : The Ancient Egyptian Book of the Dead », des élèves de primaires ont été invités à une réelle chasse au trésor pendant laquelle ils devaient trouver des indices dispersés dans les salles de l’exposition à l’aide de la réalité augmentée, afin de reconstituer leur propre Livre des Morts. Shelley Mannion, responsable des programmes d’apprentissage numérique au British Museum a consacré plusieurs articles à ce sujet, détaillant l’expérience ainsi que celle, similaire, adressée à des groupes de lycéens. Ici, la réalité augmentée part à la conquête d’un nouveau public en favorisant un nouveau mode d’interaction avec les œuvres.
    Testing AR Gallery Explorer from Samsung Digital Discovery Centre on Vimeo.
  4. Des expositions inédites. Enfin, en 2010 également, le MoMA a utilisé la réalité augmentée pour faire vivre aux seuls possesseurs de smartphones ayant téléchargé l’application une exposition virtuelle, invisible à l’œil nu, dispersée sur les 6 étages du célèbre musée new-yorkais.

Quelles initiatives dans les musées français ?

En France, quelques musées et lieux culturels se sont avancés à l’utiliser, ou du moins à l’essayer.

Les jardins de Versailles ont par exemple bénéficié d’une application à multiples usages dont la réalité augmentée permettait de faire apparaître des informations contextualisées au-dessus de bosquets, invitant le promeneur à découvrir leurs secrets. De 2008 à 2011, c’est le Musée des Beaux-Arts de la ville de Rennes qui s’est emparé du sujet avec un projet ambitieux, le GAMME, une application permettant d’afficher les informations invisibles à l’œil nu des tableaux.

Plus récemment, l’application Cluny-vision permet d’assister à des restitutions virtuelles de la grande église disparue de Cluny. Disponible depuis 2011, elle s’inscrit cette année dans le cadre du projet Clunypedia. Enfin, il est intéressant de souligner l’initiative de la Cité de l’Architecture qui a proposé une application hors-les-murs en marge de son exposition « Hôtels Particuliers. Une ambition parisienne » permettant grâce à la géolocalisation et à la réalité augmentée de découvrir les hôtels particuliers existants ou disparus de la ville de Paris.

 

Des expérimentations isolées

L'application de l'exposition Le Grand Atelier du Midi, géolocalisation et réalité augmentée

L’application de l’exposition Le Grand Atelier du Midi, géolocalisation et réalité augmentée

Si j’ai choisi de m’intéresser à cette thématique ici, c’est principalement parce qu’en me rendant à l’exposition « Le Grand Atelier du Midi »  cet été à Marseille et Aix-en-Provence, j’ai découvert l’application de l’exposition. Elle propose (entre autres) de découvrir par la réalité augmentée les sites et paysages choisis par les peintres de l’exposition en balayant à 360° le paysage réel avec son smartphone. J’ai été conquise par l’initiative, novatrice, et j’ai été très étonnée de ne pas la voir valorisée dans les différents articles présentant l’exposition.

En effet, malgré les nombreux exemples cités ci-dessus, les applications et dispositifs composés de réalité augmentée constituent des projets en marge, peu aboutis (voire jamais corrigés si on en croit les nombreux commentaires des AppStore et Google Play) et sont loin d’être une priorité pour les musées aujourd’hui malgré leur potentiel. D’ailleurs, aucun des nouveaux musées ouverts ces derniers mois (le Louvre Lens, le Centre Pompidou Metz, le MuCem ou encore le Palais Galliera réouvert cet automne) n’a pris la peine de se doter de cette fonctionnalité (et pour la plupart, n’ont même pas d’application).

La question financière des projets est très probablement à prendre en compte dans ce retard de développement, mais j’espère pouvoir très prochainement visiter un musée ou une exposition en ayant à tout moment la possibilité de découvrir un autre aspect et les secrets des œuvres que j’observe, que j’apprécie ou qui m’interpellent.

Comme l’affirme Pawel Martosz, « New Technology and Promotion Manager » de la Galerie de l’art polonais du XIXème siècle au Musée National de Cracovie : « The greatest discovery was seeing how very popular the app is amongst visitors. I came to the conclusion that museums are not utilizing mobile mobile technology enough and that needs to change. » (source)

 

Alice Rahmoun

 

Et pour aborder le sujet du numérique dans les musées plus largement, le Journal des Arts du 31 janvier y consacre tout un dossier très intéressant.

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