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Party streaming, la fête version 2.0

Aujourd’hui, plus besoin de revêtir ses habits de lumière et d’affronter le froid pour aller s’enjailler dans un sombre club, un bar bondé ou une salle de concert glauque. Boiler Room, Overdrive Infinity, derrière ces noms se cachent des soirées 100% streaming. La fête 2.0 se pratique de chez soi et ne coûte pas cher…enfin, juste le prix d’un ordinateur et d’une connexion internet.

Les prémices du party streaming

Avant toute chose, rappelons ce qu’est le streaming. Concept inhérent à internet, le streaming est cette petite technologie qui permet « l’envoi de contenus numériques en direct ou en différé après enregistrement ». Ou, clairement, c’est ce qui nous permet de regarder nos séries préférées sans télécharger. Le streaming, c’est de la lecture continue. Par principe, cette technique s’oppose au téléchargement, qui nécessite la récupération totale d’un contenu, avant qu’on puisse pleinement en profiter. Voilà. Comme ça, nous partons sur les mêmes bases.

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Avant l’apparition de soirées 100% streaming, on avait déjà le droit à des «fêtes» filmées et diffusées à la télévision. Prenons l’exemple de l’émission américaine créée en 1970 par Don Cornelius, j’ai nommé Soul Train. Référence de la culture afro-américaine, le programme nous montrait  des gens qui s’amusent et qui dansent en studio sur les tubes de l’époque. L’émission qui perdura jusqu’en 1993, accueillera les performances d’artistes de talent (Stevie Wonder, Marvin Gaye, James Brown…). Au final, on voit des gens filmés alors qu’ils font la bringue. Cette «party» de plaisir se retrouvait diffusée quelques jours après l’enregistrement sur le média-roi de l’époque.
Autre exemple, dans les années 90 cette fois-ci. On pouvait retrouver une émission similaire à Soul Train dans l’idée (mais avec un plus de personnes, et beaucoup moins d’habits) sur la chaine MTV, The Grind. Et encore une fois, on regarde des gens faire la java mais, de chez nous.

Regardons maintenant comment, à l’ère digitale, ce concept de party streaming s’est développé.

Le phénomène Boiler Room

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Depuis sa création en 2010, la plateforme Boiler Room s’est imposé comme le site de référence des soirées 100% streaming. Blaise Bellville, jeune londonien âgé de 26 ans à l’époque et passionné de musiques électroniques, se trouve derrière ce concept innovateur. Il a l’idée d’une soirée diffusée en live sur internet. La première sera organisée en mars 2010 dans un call center londonien, qu’on appelle également boiler room. L’expression sonne bien, elle restera.
Boiler Room aurait pu être le fils prodigue des sites Ustream et Awdio. Je m’explique. Ustream est un site de streaming vidéo et Awdio, une plateforme permettant d’écouter de la musique gratuitement et en live, en provenance des endroits les plus branchés de la planète. Accouplez les deux, vous avez le concept Boiler Room… Il fallait y penser.

 

La recette magique d’une soirée visionnée par des milliers d’internautes

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Prenez une poignée de DJs, saupoudrez la d’une pincée d’happy few (journalistes, vips gentiment alcoolisés), mélangez le tout dans un lieu atypique (hangar, suite d’hôtel…), faites cuire entre 30 et 60 min, tout en filmant et en diffusant le résultat en live. C’est la recette magique qui régale des dizaines de milliers d’internautes sur la Boileroom.tv  à chaque évènement. Initialement, les soirées étaient destinées à promouvoir la musique underground londonienne, mais au fil des éditions, la programmation est devenue plus éclectique. Alors que dans les émissions de TV que je citais plus tôt, l’accent était souvent mis sur le public, ici, on se concentre sur le DJ, véritable performeur, qui fait souvent face à la camera et tourne le dos aux invités. Berlin, Los Angeles et récemment New York,  le concept marche et s’exporte (à quand une antenne à Paris ?). Vous étiez dans une « vraie » fête, le soir de la diffusion de la Boiler Room de l’année ? Pas de problèmes, les festivités peuvent être visionnés après coup sur le site ou sur la chaine Youtube dédié. Bye bye, FOMO !  La peur de rater quelque chose ou Fear of Missing Out en anglais, s’évanouit dans les méandres d’internet avec le party streaming. Certes, le don d’ubiquité n’est pas intégré dans nos systèmes vitaux, et on ne peut pas être de toutes les fêtes. Mais maintenant, on peut regarder après coup et c’est un peu comme si on y était.

Party streaming, pourquoi ça marche ?

On ne va pas se le cacher, il y a un côté « voyeuriste » évident dans ce genre de concept. Le fait que les soirées Boiler Room ne soient pas grand public tend à les rendre encore plus attrayantes. Et en toute honnêteté, pour avoir regardé quelques sessions, j’avoue que parfois cela peut-être assez drôle. Et si c’est drôle, ça fait plaisir aux réseaux sociaux, ça se tweete… N’oublions pas le côte «interactif» d’une soirée Boiler Room. En effet, les internautes qui regardent le live, commentent, posent des questions dans la chatroom ou sur les réseaux sociaux. Les vidéos des sessions mises en ligne après la soirée ont elles aussi du succès et sont relayées massivement.
Mis à part ce coté « voyeuriste », il y a un côté « découvertes ». A l’époque de Soul Train déjà, les téléspectateurs regardaient l’émission pour y déceler les dernières modes et tendances de danse. Aujourd’hui, grâce à Boiler Room, Awdio etc nous pouvons découvrir sans cesse de nouveaux artistes. C’est un bel outil de promotion pour ces derniers car le site est devenu une référence et ils se produisent devant des milliers d’internautes. N’oublions pas les marques, qui y trouvent aussi leurs comptes. Red Bull, Ray Ban, Vans ont déjà fait des soirées en collaboration avec Boiler Room.
Maintenant que la plateforme a ouvert la voie, on peut imaginer qu’il va y avoir de plus en plus de soirées en live streaming. D’ailleurs, le label Ed Banger qui fêtait en mars dernier ses 10 ans, n’a pas hésité à retransmettre sa petite sauterie en streaming sur internet.

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Boiler Room ça marche aussi car le concept n’a quasiment aucune concurrence. Je dis quasiment, parce que son petit cousin français est né en novembre dernier à Paris, et il s’appelle Overdrive Infinity. Derrière ce nom un peu barbare, se cache le dj, producteur et fondateur du label Sound Pellegrino, Teki Latex. Overdrive Infinity se positionne un peu plus comme une web TV. Le rendez-vous est donné tous les vendredis soirs à 20h pour 2h de dj sets diffusé sur Dailymotion. Pas de lieux insolites ici, mais plutôt un plateau télé décoré différemment à chaque émission. Moins de gens qui se bousculent, on se sent entre intimes. C’est une autre expérience.

La fête 2.0, c’est où tu veux, quand tu veux

Grâce au party streaming, véhiculé par des nouvelles plateformes, la fête 2.0 sort du monde de la nuit et s’installe confortablement chez nous. Elle suit les évolutions d’internet, est interactive et devient même mobile. Et oui, Boiler Room a également son application. Celle-ci nous permet de suivre des artistes, nous notifie lorsqu’un nouvel enregistrement est mis en ligne. Encore une fois, adieu FOMO. On peut même sauvegarder des sessions sur notre téléphone cellulaire à écouter hors connexion. La fête 2.0, c’est une nouvelle manière de festoyer en accord avec les évolutions digitales. C’est faire la bringue, à distance, mais connecté à des milliers de gens et cela n’importe où et à n’importe quel moment de la journée.
Personnellement, j’adhère au concept. Mais ça ne remplacera jamais la vraie fête, dans des vrais clubs avec des vrais gens. IRL.

Adélia Nunes.

6 Comments

  1. Lucile

    Merci pour cette découverte, le concept est vraiment intéressant !

  2. dupuch

    Super article, bien tourné et surtout intéressant, j’ai appris quelque chose je ne connaissais pas ce concept, j’avoue que perso ça ne m’attire pas trop et le côté voyeurisme est un peu dérangeant mais si tout le monde y trouve son compte surtout les marques, alors c’est plutôt cool 🙂

  3. Deux Pommes

    J’adhère massivement à ce concept ! C’est beaucoup trop extreme !
    Sujet très intéressant mené avec brio par Adelia « PartyTime » Nunes.
    Je valide !

  4. Laura

    Super cool surtout pour les DJ et artistes, bon moyen de promotion, j’adore l’idée 🙂

  5. Clément

    Super article ! Merci pour la découverte, c’est top 🙂

  6. […] à Spike Jonze et écrire sur l’amour 2.0. Après avoir donc évoqué la fête 2.0 ici, je m’attèle aujourd’hui à aborder un autre sujet que les internets et les réseaux sociaux […]

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