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Les robots remplaceront ils les journalistes ?

quakebot

Lundi 17 mars, 6h25. Un tremblement de terre secoue une partie de la Californie près de la ville de Westwood. Seulement trois minutes plus tard, une dépêche est publiée sur le site du Los Angeles Times. La voici:
A shallow magnitude 4.7 earthquake was reported Monday morning five miles from Westwood, California, according to the U.S. Geological Survey. The temblor occurred at 6:25 a.m. Pacific time at a depth of 5.0 miles.
According to the USGS, the epicenter was six miles from Beverly Hills, California, seven miles from Universal City, California, seven miles from Santa Monica, California and 348 miles from Sacramento, California. In the past ten days, there have been no earthquakes magnitude 3.0 and greater centered nearby.
This information comes from the USGS Earthquake Notification Service and this post was created by an algorithm written by the author.

Cet article, signé Ken Schwencke, journaliste et développeur du journal, a en réalité été écrit par un robot. Ce robot c’est Quakebot. Un algorithme qui se base sur les alertes émises par l’US Geological Survey (bureau géologique des États unis). Une fois les données pertinentes triées, elles sont intégrées dans un texte déjà mis en forme par Quakebot qui est ensuite envoyé sur le système de gestion de contenu du LA Times. Résultat : réveillé à 6h25 du matin par la secousse, le journaliste américain n’a eu qu’à sortir de son lit, ouvrir son ordinateur, relire le papier, et appuyer sur le bouton  » publier « . Le site du quotidien est ainsi parvenu à diffuser l’info en un temps record.

Outre Quakebot, le LA Times possède également un système semblable pour les alertes homicides basé sur les rapports du bureau du médecin légiste, et les arrestations d’individus activement recherchés.

Mais le phénomène n’est pas nouveau. En 2010, un mystérieux The Machine signait ce compte rendu sportif : « Les efforts remarquables de Joe Mauer n’ont pas suffi à assurer la victoire des Minnesota Twins contre les Texas Rangers lundi dernier au stade d’Arlington. Les Rangers l’ont emporté sur un score de 8 à 5 (…) Quand il maniait la batte, Mauer a été excellent de bout en bout. Il a marqué une fois dans la première manche et deux fois dans la sixième. Du côté des Texans, l’artisan de la victoire est sans conteste Tommy Hunter, qui a remporté avec brio son cinquième match d’affilée. »
Derrière cette signature, un programme d’intelligence artificielle baptisé Stats Monkey, développé par la société Narrative Science. La même qui est à l’origine de Quakebot.

Cette entreprise basée à Chicago révolutionne le journalisme avec ses logiciels d’intelligence artificielle capable de rédiger des articles en analysant des résultats sportifs ou financiers, des données statistiques mais aussi des flux Twitter.
Depuis sa création, Narrative Science a déjà levé plus de 20 millions de dollars et compte parmi ses investisseurs, In-Q-Tel, un fond d’investissement appartenant à la CIA. Une trentaine de clients font appel à ses services dont une chaine de télévision sportive américaine, de grands quotidiens nationaux et le célèbre magazine économique Forbes, qui lui achète des articles sur les résultats financiers des grandes entreprises.
Son co-fondateur et PDG, Kristian Hammond, estime que dans 15 ans, environ 90 % des articles seront rédigés par un de ses algorithmes et qu’un robot gagnera un Prix Pulitzer d’ici 5 ans !

Quel avenir pour les journalistes ?

Le robot- journalisme, comme il est appelé, fait petit à petit son apparition dans les rédactions du monde entier, notamment pour son efficacité et son instantanéité. De quoi inquiéter les 36 823 journalistes français, qui peuvent légitimement se demander de quoi leur avenir sera fait face à l’émergence de tels robots, capables d’exploiter de manière quasi instantanée de grandes quantités de données et qui représentent une main d’œuvre gratuite qui sait se montrer disponible 24/24h, 7j/7.  robot-journaliste-tokyo

Et chose qui ne va pas les rassurer, des chercheurs du Intelligent Systems Informatics Lab (ISI) de l’Université de Tokyo ont développé un nouveau prototype capable de se déplacer, interviewer des personnes, recueillir des informations, prendre des photos à l’aide de sa caméra embarquée, faire des recherches web et poster des articles en ligne et ce en parfaite autonomie. Si ce robot venait à être commercialisé il pourrait, à terme, remplacer les reporters dans les zones jugées trop dangereuses.

Mais il semblerait que l’on se dirige plus, pour le moment,  vers une redistribution des tâches. L’objectif des rédactions est surtout d’affecter ces robots à la rédaction d’articles avec peu de fond, tels que l’annonce de résultats sportifs, boursiers ou dans le cadre d’élections, et de libérer ainsi les journalistes des tâches les plus chronophages.

Le robot, nouvel allié du journaliste

D’après Ken Schwencke, la fonction de ces algorithmes est avant tout complémentaire à celle des journalistes. « Cela nous fait gagner beaucoup de temps et pour certains types de nouvelles, permet d’obtenir l’information d’une manière en général aussi bonne que n’importe qui. De la manière dont je vois les choses, ça ne remplace pas tant le travail de quiconque, mais rend le travail de tout le monde plus intéressant.»

On doit s’attendre à ce que le robot-journalisme s’améliore sans cesse avec le temps et que les sociétés comme Narrative science affinent leurs algorithmes. Mais ces lignes de code pourront-ils un jour avoir leur propre style, prendre du recul, faire preuve d’esprit critique, de sensibilité ou de sens de l’humour, soit tout ce qui fait la valeur ajoutée d’un article ?

Ces robots répondent à des besoins actuels du monde de l’information, notamment au niveau de l’analyse et du traitement des données. Ne pas les considérer comme de nouveaux outils bénéfiques pour le métier de journaliste serait une erreur. Mais un robot aura toujours des hommes pour valider ses articles, vérifier ses sources et donner un sens à l’information. L’article original de Quakebot a été mis à jour 71 fois par des auteurs et éditeurs humains, transformant ainsi l’amorce initiale en un article de fond.

Niko Ruokuoso, CEO de Scoopshot, résume assez bien le phénomène. «On assiste en parallèle à l’émergence du big data et des outils de collecte et de filtre pour structurer ces données. D’autre part, les éditeurs sont sous pression pour réduire leurs coûts avec la difficulté de ne pas tomber dans une information standardisée qui ne serait plus concurrentielle. Plutôt que d’automatiser, ils vont préférer que les journalistes se dotent d’outils qui augmentent en quelque sorte leurs capacités.»

Cet article a été écrit par un étudiant.

1 Comment

  1. […] aux journalistes, puisqu’ils fournissent un travail différent et seraient complémentaires (http://ecs-digital.com/culture/les-robots-remplaceront-les-journalistes/ ). « Des progressions peuvent être faites, notamment dans la narration des textes, actuellement, […]

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