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Féminisme 2.0 : vers une nouvelle forme de militantisme.

L’évolution du féminisme 

Le féminisme est apparu il y a environ un siècle avec Simone de Beauvoir, une des premières militantes françaises.

Le mouvement s’est poursuivi et a émergé combat après combat, en acquérant de nouveaux droits pour les femmes au fil du temps : droit de vote, contraception, IVG… Aujourd’hui, de nombreuses personnes estiment que l’égalité est atteinte et que le combat féministe n’a plus lieu d’être. Cependant, il est encore heureusement bien présent et s’organise autour de nouvelles problématiques, tout en protégeant les droits déjà acquis.

Une nouvelle forme de féminisme est alors apparu sur internet, sous de diverses formes : magazines en ligne, blogs, pages sur les réseaux sociaux, groupes privés, et autres forums.
Des initiatives fleurissent de jours en jours sur des sujets variés : Culture du viol, Harcèlement de rue, Slut shaming, Revenge Porn… Il n’y a plus un féminisme universel, il y a autant de féminismes que de femmes engagées dans ce combat. Aujourd’hui, beaucoup le sont principalement en ligne : comment cela s’organise ? On décrypte ça pour vous.

Féminisme traditionnel vs en ligne : qu’est-ce qui a changé ?

Le féminisme 2.0 se distingue essentiellement par la façon de mener ses actions et la grande caisse de raisonnance que le web peut offrir.

Par exemple, le 7 novembre dernier avait lieu un symbole. Etant donné les 15% d’écarts de salaires persistant en moyenne entre les hommes et les femmes en France, sur l’échelle d’une année c’est comme si les femmes françaises travaillaient gratuitement à partir de cette date ci à 16h34 précises. Pour dénoncer cette injustice, la page Facebook du groupe Les Glorieuses a organisé un événement. Le but était d’appeler les femmes à cesser le travail le 7 novembre à 16h34 puis à se rassembler pour manifester. Les femmes étaient aussi invitées à changer leur photo de couverture et de profil Facebook. Les photos étaient remplacées par des visuels créés par Anaïs Bourdet, créatrice de la page Facebook Paye Ta Schneck, luttant contre le harcèlement de rue.

Cette initiative ayant eu un grand succès, Facebook fut inondé de ces visuels qui ont suscité la curiosité. Des personnes se sont intéressées à cette cause parce qu’elles y ont été confrontées, alors que cette même initiative serait restée dans le cercle féministe restreint habituellement.

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La sensibilisation via internet.

De la même façon, Internet a permis de faire fleurir les projets de sensibilisation et accomplit un travail d’éveil des consciences.

Pour ne citer que quelques exemples, le Projet Crocodiles présenté sous forme de Bandes dessinées. Dans celles-ci, les hommes sont représentés comme des Crocodiles que redoutent les femmes. Le but du projet est de représenter des témoignages d’agressions sexuelles et/ou sexistes dans l’espace public. C’est aussi une façon d’illustrer le sexisme ordinaire présent au sein de la société. Paye Ta Shrek a un rôle similaire, avec une identité visuelle forte. Le principe est d’afficher en gros caractères sur un fond bleu marine, des phrases sexistes entendues dans l’espace public par des inconnus à l’égard de femmes. Le but est de choquer et interpeller pour éveiller les consciences, et le but est atteint. En effet, de nombreux hommes sont surpris, voir choqués et s’étonnent de tels comportements.

Internet permet aussi de dépasser nos frontières et continuer le combat pour défendre les droits des femmes dans le monde entier.

Récemment, on a été témoins d’un possible recul des droits des femmes en Pologne. Le gouvernement voulait interdire totalement l’Interruption Volontaire de Grossesse. Celui-ci est déjà limité aux seuls cas de menace pour la vie de la mère et viols. Les femmes de divers pays ont donc manifesté leur soutien aux polonaises sur les réseaux sociaux avec le hashtag #Czarnyprotest. Elles étaient appelées à s’habiller en noir pour protester contre ce projet de loi rétrograde.

Une communauté très active qui se fait entendre

Les communautés féministes sont très soudées et réactives. Quand la modératrice appelle à réagir contre des propos sexistes, la communauté est immédiatement solidaire. Elle peut provoquer la suppression d’un compte ou d’une page très rapidement.
C’est ce qui s’est produit récemment avec la fermeture du compte Facebook de Marsault. C’est un auteur de bandes dessinées sur internet. Il publie souvent des dessins humoristiques visant des minorités : les femmes, la communauté LGBTQ,  les étrangers…

Marsault, il y a quelques mois, a appelé à ses fans à envoyer des messages d’injures à une jeune femme. Elle dénonçait ses dessins et les trouvait choquants. Celle-ci a donc reçu des messages sur Facebook par centaines, allant jusqu’à des menaces de viol et de mort. Cette jeune femme a relaté les faits auprès d’Anaïs Bourdet, la fondatrice et modératrice de la page Paye Ta Shrek. Elle a lancé un appel à ses abonnées pour signaler en masse la page Facebook du dessinateur, en réponse à l’incitation au harcèlement subi. Les signalements ont été si nombreux en très peu de temps que la page Facebook de Marsault a été désactivée.

Des médias de plus en plus spécialisés sur ce sujet

On peut aussi comprendre dans la communauté les différents journaux en ligne a tendance féministes comme Cheek Magazine ou Madmoizelle.com. Ces médias en ligne ont une audience très importante et sont très influents. Madmoizelle.com, c’est chaque mois 6,5 millions de visites dont 3,3 millions de visiteurs uniques et 15 millions de pages vues. Le site est également très bien référencé dans les moteurs de recherche grâce à un contenu diversifié et très complet.

Donc évidemment, quand la rédaction publie des articles pour dénoncer des comportements sexistes, qu’il soient commis par des humoristes comme Rémi gaillard ou par le mouvement « Les Survivants » (mouvement anti-avortement proche de la Manif pour Tous), ces papiers ont du poids et interpellent. La vidéo « Free Sex » de Rémi Gaillard a d’ailleurs été censurée pour les mineurs sur Youtube grâce à un article et de nombreux signalements suite à sa sortie.

Des ministres et secrétaires d’état comme Najat Vallaud Belkacem et Pascale Boistard ont compris l’enjeu de ces nouveaux médias digitaux. Pour la cause des femmes, elles ont répondu à des invitations et accepté des interviews.

… Mais qui dérangent

Aujourd’hui sur Internet comme au début des révolutions féministes dans les années 60, la communauté dérange. Les féministes sont raillées, moquées, imaginées dans l’imaginaire collectif comme obligatoirement laides, frustrées et lesbiennes.

De nombreuses féministes influentes sur la toile ont connu ou connaissent encore un véritable harcèlement de personnes ne reconnaissant pas leur combat.
Marion Seclin par exemple est une ex membre de la chaîne Youtube StudioBagel. Elle a aussi fait partie de la rédaction de Madmoizelle.com. Elle connait un véritable déferlement de haine sous ses vidéos Youtube mises en ligne. Dans celles, ci, elle cherche à sensibiliser contre le harcèlement de rue.
En effet, le bashing contre Marion Seclin va beaucoup plus loin : tout son contenu vidéo en ligne est concerné. Aussi bien ses anciennes vidéos chez Studio Bagel jusqu’aux replay d’Actuality, émission diffusée sur France 2 dans laquelle elle est chroniqueuse. Les commentaires d’insultes y fusent ainsi que les « pouces rouges », alors que les vidéos n’ayant pas de rapport avec le féminisme étaient très bien jugées avant la polémique.

Autre exemple d’action anti-féminisme : les membres du forum 18-25 de JeuxVidéos.com procèdent souvent à des opérations de spamming. Le but est d’infiltrer des communautés féministes et les harceler en ligne. Par exemple, les membres du forum ont organisé une grande opération « infiltration » en 2014 en s’inscrivant sur les forums sexualité de Madmoizelle.com. Ils ont volé des photos des jeunes femmes inscrites sur le site, les ont stalkées sur les réseaux en retrouvant leur Facebook. Pour ensuite les harceler en ligne.

Malgré la diffusion à grande échelle de la prévention du sexisme ordinaire, celui-ci a encore de beaux jours devant lui…

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