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Vos ados en danger sur Facebook ?

En septembre 2013, un film a fait le buzz au festival international de Toronto : la vie passée sur les réseaux sociaux d’un adolescent, Noah Lennox. En 17 minutes, les réalisateurs Walter Woodman et Patrick Cederberg parviennent à nous rappeler les dangers d’Internet et la facilité des jeunes d’aujourd’hui à sauter d’écran en écran pour échanger avec des proches comme des inconnus… Facebook, Skype, SMS, YouPorn, Chatroulette sont alternés et font la soirée banale de ce Noah.

Dans ce court-métrage, Facebook a certes mis en péril la relation amoureuse de Noah et pourtant, Walter avait tenu à préciser que selon lui « Facebook n’est pas la pire chose au monde ». Or, pour nombre de parents, le réseau social de Mark  Zuckerberg semble être le mal et s’il y a bien un canal de communication sur lequel ils souhaitent avoir un droit de regard, c’est bien le compte Facebook de leur enfant !

Pour ce faire, plusieurs parents ont l’originale idée d’être ajoutés en « amis » de leur progéniture. J’avoue ne pas tout à fait comprendre ce devoir de présence des parents sur leurs comptes, comme s’ils étaient assis sur mon lit alors que j’invitais mes amis à une pyjama party.  Certains jeunes ont donc vite fait d’adopter les paramètres de confidentialité personnalisés et d’autres ont préféré créer un autre compte parallèle. À un collègue dont le fils a dû attendre ses 13 ans pour pouvoir se créer un compte sur Facebook, je demandais quels étaient donc les dangers qu’il craignait.

Dans un premier temps, il redoute la diffusion d’images qu’il ne souhaite pas ou qui pourrait à terme être néfastes pour la réputation de son fils. Là je suis d’accord et j’en profite pour signaler à toutes les mères qui confondent Facebook et le carnet de santé, de lever le pied.
Afin d’éviter cela, Snapchat et autres outils basés sur l’éphémère semblent être la solution. En effet, comme vous l’explique Flora dans son billet, le fichier s’auto-détruit au bout d’un temps défini, ce qui peut donc limiter l’effet viral. Toutefois, grâce à ces outils, il est d’autant plus tentant d’envoyer des sextos illustrés, surtout quand on connait ces chiffres :

Enquête réalisée par l'IFOP, en partenariat avec CAM4, publiée en octobre 2013 : Génération YouPorn : mythe ou réalité ?

Enquête réalisée par l’IFOP, en partenariat avec CAM4, publiée en octobre 2013 : Génération YouPorn : mythe ou réalité ?

 

Extrait de l'étude de Smoosee sur l'Amour et les Français en 2013, publiée en janvier 2014

Extrait de l’étude de Smoosee sur l’Amour et les Français en 2013, publiée en janvier 2014

Justin Bieber a lui misé sur un autre cheval : Shots of Me, l’application gratuite développée par RockLive. Ce nouveau réseau de partage photos selfies se dit dédié aux adolescents pour la raison suivante : il n’est pas possible de poster de commentaires, d’où le slogan « Be yourself. Nobody is judging. ». Finies donc les humiliations et le cyber-harcèlement qui font la réputation sulfureuse d’Ask.fm ! A priori toutefois, puisque les messages privés et le partage sont toujours d’actualité… Bloquer la fonctionnalité de commentaires est-elle donc la véritable solution pour protéger votre enfant ?

La seconde peur de mon ami est un mélange des rencontres douteuses et du développement de la sexualité. À ce sujet, l’enquête de l’IFOP dévoilait ces résultats :

Enquête réalisée par l'IFOP, en partenariat avec CAM4, publiée en octobre 2013 : Génération YouPorn : mythe ou réalité ?

Enquête réalisée par l’IFOP, en partenariat avec CAM4, publiée en octobre 2013 : Génération YouPorn : mythe ou réalité ?

 

On s’en doutait déjà et c’est la raison pour laquelle plusieurs réseaux sociaux spécialement pour les ados (comprenez 15 à 25 ans…) existent pour vous « rassurer ». Je me permets de mettre le terme entre guillemets car tout internaute, même le plus jeune, fera des rencontres sur n’importe quel support : à force de commentaires sur un blog, sur un forum de passionnés ou un jeu multi-joueurs en ligne etc.

Par exemple, la plateforme communautaire internationale Stardoll séduit les filles aimant la mode, la beauté et le design et le but du jeu n’est autre que de devenir la plus populaire. Afin de prévenir contre le cyber-harcèlement, ils ont créé un module interactif et obligatoire visant à enseigner aux membres les règles de citoyenneté à la Stardoll Academy et leur montrer comment signaler tout dérapage. C’est bien mais j’ai le regret de vous informer que vos demoiselles se mettent en péril toutes seules sur le chat puisqu’elles invitent spontanément les autres avatars (en particulier ceux d’allure masculine) à devenir « amis » sur Facebook, alors qu’ils n’ont à peine échangé que 3 phrases.

StarDoll_Drague-Facebook

Je ne suis pas contre les rencontres sur Internet, loin de là. Néanmoins, c’est une sensibilisation sur les limites que vous souhaitez, mais surtout la vigilance que doivent adopter vos enfants que vous devriez mettre en place, plutôt que de tenter de les fliquer sur Facebook. Le vrai danger reste le comportement de l’internaute, l’utilisation qu’il fait lui-même des outils qui sont mis à sa disposition.

Car oui, vos enfants vont apprendre le jeu de la séduction notamment sur/grâce à Internet. L’histoire interactive à construire « Amour sucré » en est une illustration : il s’agit d’interpréter l’héroïne et de la guider dans ce nouveau lycée afin qu’elle drague les 3 plus beaux garçons. Et parce qu’aujourd’hui le crosscanal est plus que jamais de rigueur, pour faire perdurer la joyeuse expérience, l’application dérivée « Dream of » existe : dors avec le héros (de l’histoire) de tes rêves !

Publicité display pour l'histoire interactive AmourSucré et écran de son application dérivée DreamOf

Publicité display pour l’histoire interactive AmourSucré et écran de son application dérivée DreamOf

 

Disponible sur iPad et iPhone gratuitement –à moins que vous ne souhaitiez la version où ils sont torse nu-, il suffit de toucher les zones érogènes du dessin pour qu’il nous susurre des phrases plus ou moins romantiques. Si vous êtes trop fatiguée pour tenter la moindre approche, sa voix vous bercera tout de même jusqu’à ce que vous trouviez le sommeil. Grâce à cette application, votre petite fille croira connaître les moindres recoins à effleurer du doigt pour provoquer le plaisir de l’homme.

Certes il n’y a aucune image à censurer mais en sachant qu’il n’est pas nécessaire de se connecter via le compte « Amour Sucré » et que l’âge de l’utilisateur n’est pas requis pour installer l’appli car ce sont plutôt des filles de 13 à 17 ans qui sont la cible, de mon point de vue : ça craint un peu. L’éveil de la sexualité et des sentiments ne devrait pas passer par une application de ce genre. Mais pour aller jusqu’au bout de la démarche d’apprentissage, sachez que l’application HappyPlayTime est en pleine étape de crowdfunding afin de pouvoir donner le jour à cette série de mini-jeux et outils visant à enseigner à la femme l’art de la masturbation.

Illustrations de l'application HappyPlayTime, par huffingtonpost.co.uk

Illustrations de l’application HappyPlayTime, par huffingtonpost.co.uk

 

Comme l’a si bien écrit l’Expansion, les adolescents utilisent des services et outils dont les parents ignorent l’existence, et ce n’est pas prêt de changer. Toutes les plateformes citées plus haut n’auront pas d’impact négatif sur votre enfant, s’il sait bien les utiliser et ne va pas jusqu’à rêver d’une véritable sexualité avec des agents virtuels. Et c’est sans doute parce que justement vous souhaitez trop être présent sur leur compte Facebook qu’il le délaisse et explore d’autres canaux de rencontre qui représentent potentiellement tout autant voire plus de risques.

Bon courage.

 

Johann M. R.

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Bannière : infographie de l’enquête de l’IFOP réalisée par Vincent Manouvrier

19 Comments

  1. Ana O.

    Le jeu du clitoris… how did I NOT know about that?

  2. AuditeDarwin (@AuditeDarwin)

    Outre le fait que les plateformes type Stardoll, Amour sucré ou autres joyeusetés inculque à de jeunes filles (dont certaines ne sont pas encore au collège) la loi du plus fort, de la plus belle, de la plus riche, mentionnons également la ravissante image de la femme qui est renvoyée par de telles inepties. Sérieusement, LE but dans la vie c’est de devenir la plus célèbre de mon lycée virtuel ?

    1. Johann M. Rafanoharana

      Quand je me plaignais justement de l’image de la femme véhiculée, une amie m’avait répondu qu’elle avait découvert un jeu où le principe était d’être une fille qui rangeait sa chambre le plus rapidement possible. Les éditeurs varient donc de temps en temps !..

  3. Mme Boulot

    Bon comme d’hab ça me désespère de la jeunesse… Le truc qui me choque le plus : l’appli HappyPlayTime.

    J’avoue que j’ai déjà joué à Amour sucré mais quand on est « enfant » on se rend pas compte. On trouve juste ça chouette l’univers rose et romantique…

    C’est comme 70% des parents s’inquiète d’Internet pour leurs enfants mais seuls 30% mettent un contrôle parental…

    Super article en tout cas.

    1. Johann M. Rafanoharana

      Merci Mme Boulot pour le compliment et le bref « témoignage » au sujet d’Amour Sucré 🙂 J’espère que les joueuses d’aujourd’hui ont conscience, comme tu l’as eu, qu’il ne s’agit que d’un jeu et qu’elles savent donc prendre leur distance.

  4. Jeanne Paul

    Flippant!

  5. Gwen

    Il faut rester très vigilant vis à vis de ces réseaux, surtout pour les enfants !

  6. rosi

    Bon article bien interressant : je vais un peu plus surveiller mes filles (12 et 15 ans) !

  7. Hami_91

    DreamOf > Pour avoir testé l’application, j’ose espérer que peu de demoiselles s’endorment, la tablette sur l’oreiller, en s’imaginant être aux côtés d’un des 3 (charmants) avatars -_-

  8. Timer

    Responsabiliser les enfants, informer plutôt que de cacher, une bien meilleure pédagogie plutôt que de stalker le gosse!

  9. mariemnd

    Amour sucré… Toujours aussi hallucinant. Bravo pour cet article bien badant !

  10. Louise

    Interdire/s’immiscer dans la vie d’un ado ne sera jamais une solution à long terme…tout est une question d’éducation!

  11. Marilou

    Tous à fait d’accord avec Louise !
    Il faut responsabiliser les enfants plutôt que de les surveiller …

  12. Jade

    « Responsabiliser les enfants » comme le dis si bien Timer, c’est l’essentiel.

  13. Sassou

    ils faut les contrôler jusqu’a un certain âge tout de meme, les contrôler tout en les guidants et les responsabiliser

  14. Diana

    C’est aux parents de faire la part des choses. Les pre-aldultes comme les adolescents ne sont que des proies facile pour les concepteurs de ces applications. Les jeunes enfants ne sont pas capable de discerner ces choses la …

  15. Gigi21

    non mais y a que les gamines qui rentrent tlm de stardoll sur fb ! moi je demnde qu’à mes vrai potes et j’ai de la chance, jms ma mère ma demandé en amis sur fb !!

  16. Christianne93

    Bon article, merci pour l’info, je ne connaissais pas ces sites et je viens de découvrir que l’une de mes filles jouent sur stardoll. Elle est sage mais je vais faire en sorte que ça dur !!

  17. Nenifara

    Sujet d’actualité, félicitations pour l’étude du thème

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