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Anonymous : décryptage

Début 2012, les experts en sécurité informatique prédisaient que le cyberactivisme serait une des principales menaces pour la sécurité sur Internet. Les événements qui se bousculent depuis jeudi semblent leur donner raison. Nous parlons ici d’un mouvement en particulier : Anonymous.


Les Anonymous… Qui sont les membres de ce collectif qui fait trembler la planète web ?

Ils n’ont que trois ans et font peur aux plus grandes puissances, des Etats-Unis à l’Iran en passant par le Royaume-Uni, mais aussi aux firmes multinationales. Qualifiés par le gouvernement américain de « terrorist High-tech » et par d’autres de « Robin du web » les Anonymous suscitent toutes les passions en défiant les plus hautes autorités.

Qui sont les hackers de « Anonymous », ces pirates experts dans l’art de mettre hors service un site web ?

Un récent rapport du FBI parlait «d’individus âgés de 15 à 55 ans, avec une certaine maîtrise de l’informatique». Comme l’explique Nicolas Danet, «au sein des Anonymous, on trouve parfois des hackers, mais il n’est pas nécessaire d’avoir des compétences informatiques particulières pour en faire partie, d’où le succès du mouvement».

Au fil des cyber-attaques, ce mouvement aux contours flous, entend bien défendre Internet en tant que zone libre et indépendante, préserver l’anonymat, protéger la liberté d’expression de partage et de publication.

En défendant les fuites de documents confidentiels de Wikileaks ou encore en s’opposant à la SOPA et PIPA, les « Anons » s’imposent dans le débat public. Leurs actions menées dans l’ombre et la lumière, lors de leurs manifestations publiques, leur valent d’être traqués et surveillés par les polices du monde entier.

INTERNET : UN NOUVEAU LOBBYING

Ces groupes de pression, par leurs actions, tentent d’influencer les décisions publiques. Aujourd’hui, les plateformes numériques se voient attribuées de nouveaux rôles entre subversion et information. Les nouvelles technologies ont le pouvoir de rassembler les foules.  Ce « cerveau collectif » des individus connectés utilise ces nouveaux moyens d’action digitaux pour faire entendre leur voix de manière efficace et puissante, face à des gouvernements dont la marge de manœuvre s’amenuise.

La grève numérique menée par quelques géants du Web tels que Wikipedia ou Google contre les projets de lois SOPA et PIPA démontre l’influence de ces nouveaux médias. Le succès de ces cyber actions prouve que le Web est devenu une arme efficace aux mains des géants d’internet lorsqu’il s’agit de rivaliser avec les grands groupes de pression traditionnels. Nous pouvons aujourd’hui parler de lobbying 2.0. 

Le Web communautaire met au cœur de sa signification l’interactivité. C’est cette dernière qui va permettre de donner vie à l’information. La valeur de cette sphère sociale s’estime dans la capacité à innover, à proposer, à partager mais aussi à prendre partie.

« Haute trahison envers l’esprit d’Internet »

La défense de la liberté sur le Web semble unir les réseaux de hackers et les géants de l’industrie.

La semaine dernière, le site de stockage de données Megaupload s’est vu fermé sa plateforme. Cette décision prise par le FBI a suscité un élan de réactions sur la toile, les réseaux sociaux, les sites de microblogging mais également de la part des Anonymous qui parlent de « haute trahison envers l’esprit d’Internet ». En représailles, le collectif de hacker a multiplié les attaques contre une multitude de sites Internet tels que celui du FBI, du ministère de la justice américaine ou encore celui de Universal Music.

C’est une mobilisation sans précédents que nous avons connue ces derniers jours. Ce mouvement a permis de faire basculer une décision du gouvernement américain qui a cédé devant la pression d’Internet.

L’IDEOLOGIE ANONYMOUS

We are Anonymous,
We are Legion,
We do NOT forgive,
We do NOT forget,
Except us !

Traduisez :
Nous sommes Anonymous,
Nous sommes légion,
Nous ne pardonnons pas,
Nous n’oublions pas,
Attendez nous

Tel est l’hymne des Anonymous, rien de plus, rien de moins.

Le Hacktivisme c’est le hacker qui se met à militer pour une cause en utilisant ses compétences en informatique. C’est en substance cette définition que l’on peut retenir pour qualifier le mouvement Anonymous.
Les membres de ce collectif se présentent comme des agents subversifs au service de la transparence démocratique. En effet, Anonymous est une communauté pacifiste, anonyme, active qui a une propriété à la fois magnifique et dangereuse : ils sont tout le monde et personne à la fois.

­Anonymous est la première superconscience construite à l’aide d’Internet semblable à une envolée d’oiseaux. Comment savez-vous que c’est un groupe ? Parce qu’ils voyagent dans la même direction. À tout moment, des oiseaux peuvent rejoindre ou quitter le groupe, ou aller dans une direction totalement contraire.

Les manifestations sont pacifiques, il n’est pas dans l’idéologie Anonymous d’user de la violence physique, c’est pour leur conception d’Internet que se battent ces hackers. Attachés au principe d’un «territoire» affranchi de toute censure, ils critiquent la volonté des Etats d’encadrer la Toile. Globalement, les attaques informatiques sont plutôt axées contre des sites empêchant l’expression de la « Liberté » en général, tandis que les raids dans les rues des grandes villes s’acharnent sur des sectes, ou des événements particuliers.

Mais Anonymous n’est pas une armée. Anonymous est une idéologie, une morale.
Cette même morale pousse chacun à s’opposer à quiconque tenterait d’atteindre ses libertés fondamentales, au même titre qu’un compatriote le ferait pour son pays.

Cependant, cette volonté de mobilisation est muette sur le contenu précis des objectifs poursuivis. Même si l’on se doute qu’elle ne s’effectuera pas pour réclamer plus de contrôle, plus de police, plus de normes et règlements, la volonté des Anonymous semble être détachée de tout contenu politique. Pas de références politiques mais une passion pour les Droits de l’Homme, et en premier lieu la liberté d’opinion et d’expression.

Enfin, il est important de s’interroger sur la puissance de mouvements tels qe Les Anonymous ou #Occupy. Ces derniers vont dans le même sens, mais encore une fois, ils manquent cruellement de réalisme. La preuve en est que les New-yorkais ont essayés de stopper le mouvement #OccupyWallStreet, car cela les dérangeait dans leur vie quotidienne. « Comment peut-on changer des moutons qui sont heureux d’aller à l’abattoir ? » C’est pourquoi, les gouvernements ne s’inquiètent absolument pas, car ces mouvements ne représentent aucun danger potentiel.

ANONYMOUS RECRUTE

Le mouvement Anonymous est un modèle assez singulier de démocratie directe où il n’y a pas de représentant, pas de chef.

On ne peut pas joindre Anonymous, personne ne peut rejoindre Anonymous.
Anonymous, n’est pas une organisation, ce n’est pas un club, un parti ou même un mouvement. Il n’y a aucune charte, aucun manifeste, aucun frais d’adhésion, les outils sont téléchargeables en ligne et utilisables par toute personne ayant de vagues notions d’informatique. Des didacticiels vidéo parsèment d’ailleurs YouTube.

Pour participer au mouvement, deux moyens de renseignement et d’action sont proposés :

  • Informatiquement, par les attaques connues des Anonymous sur certains sites précis.
  • Physiquement, en se déplaçant et en participant à des raids, brandissant bannières, pancartes et drapeaux.
  • Un mix des deux, en embarquant dans une opération Anonymous (qui nécessitera peut être des raids, des vidéos Youtube, des textes collaboratifs, des créations graphiques, etc…)

Dans ces trois cas, il faut devenir un Anonymous averti.

Informatiquement :

Pour s’impliquer informatiquement dans le mouvement, il est  conseillé de se diriger vers AnonOps qui organise des attaques DDoS avec les Anonymous du monde entier contre des sites ciblés, soit préventivement, soit comme attaque symbolique, soit pour embêter les possesseurs du site

(Une attaque par déni de service (denial of service attack, d’où l’abréviation DoS) est une attaque ayant pour but de rendre indisponible un service, d’empêcher les utilisateurs légitimes d’un service de l’utiliser. Il peut s’agir de :

  • l’inondation d’un réseau afin d’empêcher son fonctionnement ;
  • la perturbation des connexions entre deux machines, empêchant l’accès à un service particulier ;
  • l’obstruction d’accès à un service à une personne en particulier.

L’attaque par déni de service peut ainsi bloquer un serveur de fichiers, rendre impossible l’accès à un serveur web, empêcher la distribution de courriel dans une entreprise ou rendre indisponible un site internet.)

Il est également conseillé de participer à la communauté d’AnonOps principalement en suivant de près des sites comme :

Enfin, il y a l’utilisation du logiciel LOIC qui permet de se passer de toute compétence informatique pour attaquer n’importe quel site, que ce soit par attaque DOS (seul) ou DDOS (attaque simultanée par plusieurs personnes). Le serveur est alors inondé de demandes . Si elles ne sont pas très graves pour un serveur à l’échelle d’un utilisateur (les serveurs pouvant bloquer l’adresse IP dès que ce type d’activité est détecté), les choses empirent lorsqu’il s’agit de centaines de milliers d’ordinateurs qui envoient des centaines de milliers de requêtes en même temps vers le même serveur.

Physiquement :

L’activité d’Anonymous ne se limite pas au monde virtuel d’Internet, une grande part de l’activité se déroule aussi dehors, dans la rue.

Des rendez-vous précis, à des dates spécifiques sont généralement organisés et relayés sur Internet via les forums et IRC, l’organisation d’un « raid » est minutieuse et ne laisse pas de place au hasard.

Pour discuter de possibles raids, rendez vous sur le forum international des Anonymous : http://forums.whyweprotest.net/
Il suffit alors de se déclarer comme étant Anonymous, de fournir les zones géographiques où l’on peut se déplacer, de participer aux débats sur d’éventuels événements et raids qui s’organisent, et la communauté fait le reste pour indiquer ce qu’il y a à savoir.

Généralement, le lieu choisi est un lieu où se déroule une réunion l’église de scientologie par exemple, ou un événement spécifique de grande envergure comme la Gay Prid afin de bénéficier d’une visibilité optimale.

Afin de manifester en tant qu’Anonymous, il faut avant tout se munir du masque fétiche de l’organisation. Il s’achète facilement sur Internet ou dans des magasins de costumes.

Vestimentairement, il faut essayer de cacher la plus grande surface possible de son corps. Enfin, il est conseillé de rester groupé afin d’éviter toutes représailles.

En conclusion, chacun peut se transformer en Anonymous du moment que l’on adhère aux combats que mènent le collectif et que l ‘on s’identifie aux valeurs prônées par le groupe.

LE DEBUT D’UNE REVOLUTION 2.0 ? 

Guérilla 2.0? Révolution? Cyberguerre?

Les Anonymous vont-il changer le monde ? Ils sont déjà en train de le faire. Anonymous a changé le rapport de force entre citoyens et autorités. De la même façon que WikiLeaks a changé la donne, Anonymous a bouleversé les codes. Cependant, malgré une forte mobilisation et l’attaque de cibles prestigieuses, ces représailles informatiques ont pour l’instant un effet davantage médiatique qu’opérationnel.

Les Anonymous se contentent de vouloir imposer leurs visions et leurs idées en « terrorisant » les populations. Ils utilisent d’ailleurs parfois des termes assez durs, explicant qu’ils vont « détruire » ou « couler » des sociétés.
Bref, leurs méthodes, bien que différentes, sont finalement comparables à celles qu’ils dénoncent : absence de concertation, de débat, d’échange d’idées.
Quel que soit leur message, ils ne débattent pas, ne discutent pas, et avancent masqués. Ils n’ont donc aucune légitimité légale ou sociale. Leur message ne peut donc qu’être ignoré par les pouvoirs et, donc, leur portée proche du néant.

Pour y voir un peu plus clair sur toutes les actions effectuées par les hackers, le journaliste Martin Wolf nous présente cette infographie, regroupant les attaques des Anonymous et de leurs semblables.

Julia NAU – Pauline GREVET

1 Comment

  1. stuart.poppadom

    Attention ! La mise en oeuvre des méthodes et outils informatiques indiquées dans cet article nécessitent de protéger son identité réelle et son identité numérique. En l’absence de mesure de protection, vos activités n’auront rien d’anonyme.
    Sans un minimum de compétences informatiques, il est risqué de se lancer dans l' »hacktivisme ».

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