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Le webdocumentaire, une nouvelle façon de consommer de l’information

Télévision, radio, presse, et maintenant sites internet, flux RSS, Twitter et autres Reddit, nous submergent en permanence d’informations, des plus essentielles aux plus inutiles. En tant qu’internaute, comment faire la part des choses et s’arrêter pour étudier un sujet en profondeur ? Côté journaliste, comment attirer l’attention et diffuser l’information exacte, de façon à ce qu’elle soit adaptée aux nouveaux comportements du public sur internet ? Le webdocumentaire tend à répondre à cette question.

Un webdocumentaire, qu’est-ce que c’est ?

Un webdocumentaire est un documentaire conçu pour le support web, en associant des contenus variés tels que des textes, des images, des vidéos, des sons, etc. L’œuvre aboutie est interactive et ne respecte pas une navigation linéaire prédéfinie : l’internaute est invité à s’approprier les contenus et à les consulter dans l’ordre qui lui convient.

Le format du webdocumentaire s’inscrit parfaitement dans les nouveaux usages de consommation de l’information : les internautes souhaitent acquérir des connaissances ou consulter de l’information de manières diverses, avec différents supports et formats, à tout moment et avec des formats courts et d’autres plus longs, ce que permet le webdocumentaire.

D’ailleurs, les médias historiques l’ont bien compris : ils sont de plus en plus nombreux à en soutenir, financer et diffuser. Arte, France 24 ou encore lemonde.fr disposent par exemple de rubriques dédiées aux webdocumentaires au sein de leurs sites respectifs.

Chez les grandes chaines de télévision, il s’agit également d’une façon de lutter contre le décrochage du petit écran et de provoquer le multi-tasking plutôt que de le subir (surtout chez les jeunes générations), à l’heure où un tiers des téléspectateurs français consultent un autre écran que celui de la télévision lors de la diffusion d’un programme.

« Puisque les jeunes regardent de moins en moins la télévision, autant leur fournir une information de qualité sur le Net, qu’ils consomment davantage », confie Claire Leproust, responsable des nouveaux médias à l‘agence de presse Capa.

Le webdocumentaire devient alors un élément d’un projet cross-média, présent sur internet, en télévision ou en radio, imprimé sous forme d’ouvrage papier (à l’image de La Cité des Mortes qui retrace l’histoire de l’affaire Juarez dans laquelle 400 femmes ont été tuées depuis 1993) ou encore comme objet d’une exposition (exposition photo dans le cas du projet Urbs Phantasma, « ville fantôme » à propos de l’exploration urbaine et du patrimoine abandonné).

 

Urbs Phantasma, un projet documentaire cross-média

Urbs Phantasma, « ville fantôme », un projet documentaire cross-média composé d’un film documentaire, d’un webdocumentaire et d’une exposition photo itinérante.

Le webdocumentaire, un format militant

Parce qu’il s’agit d’une expérience interactive qui peut se vivre de manières très différentes, le webdocumentaire retient l’attention de son public. De nombreuses associations, collectifs et organismes non-gouvernementaux ont exploité cet avantage pour exposer leurs messages de manière impactante à un public d’internautes. Des structures les plus connues aux projets étudiants, voici quelques exemples dans le secteur environnemental :

  • Raconte-moi les forêts !, premier webdocumentaire produit par le WWF France, s’intéresse aux principales causes de la déforestation dans le monde. Composé d’un documentaire classique et de contenus additionnels sur le site dédié, le but affiché est d’être « une forme durable de sensibilisation permettant, à la fois, de faire œuvre de pédagogie et de donner de la profondeur au sujet, en lien avec de multiples sources qui l’enrichissent ».
  • Waterlife est un projet à l’initiative du National Film Board of Canada (très prolifique en webdocumentaires) qui sensibilise sur les problématiques liées aux réserves d’eau douce, notamment dans la région des Grands Lacs. La bande son soignée et la navigation inhabituelle invitent l’internaute à passer du temps sans compter sur l’interface.
  • Photos, textes, interviews, le projet Eye Sea mené par des étudiants de master 2 a quant à lui voulu sensibiliser le grand public sur les risques écologiques de l’exploitation de ressources sous-marines en Méditerranée sous forme de recherche scientifique. L’initiative, plus modeste, se rapproche ici presque du magazine ou du blog thématique.

Raconte-moi les forêts !, webdocumentaire lancé par WWF France

Jouer pour mieux comprendre

En plus d’informer, l’objectif final de ces projets développés est de sensibiliser et éventuellement de faire agir les participants (appel au don dans le cas de WWF par exemple). Pour cela, certains projets n’ont pas hésité à utiliser l’interactivité de ce format pour intégrer la notion de jeu, encore plus impliquant pour l’utilisateur.

En 1996, la Réunion des Musées Nationaux, Cryo Interactive et Canal+ Multimédia font sensation en sortant le jeu vidéo d’aventure historique Versailles 1685 : Complot à la Cour du Roi Soleil, considéré comme un des premiers jeux ludo-culturels. Le joueur est chargé de récolter des indices pour résoudre une enquête, le tout dans un décor reconstitué, parsemé d’anecdotes et d’informations historiques. A la fin des années 2000, la même mécanique se retrouve dans certains webdocumentaires : plus que de la consultation d’informations, les internautes ne sont plus simples spectateurs mais deviennent des acteurs du webdocumentaire.

Le défi des bâtisseurs, une aventure transmédia au coeur des cathédrales gothiques qui invite internaute à imaginer une seconde tour virtuelle à la Cathédrale de Strasbourg.

Le défi des bâtisseurs, une aventure transmédia au coeur des cathédrales gothiques qui invite l’internaute à imaginer une seconde tour virtuelle à la Cathédrale de Strasbourg.
Ici, l’écran de la scène de « prise de brief » : les acteurs s’adressent directement à l’internaute dont la présence est complètement intégrée dans la navigation du webdocumentaire.

Voyage au bout du charbon en 2008 permettait à l’internaute de choisir quel parcours effectuer dans une enquête sur les mines de charbon en Chine, par le moyen de deux choix s’offrant à lui lors de chaque étape.

A l’automne 2013, c’est le retentissant Fort McMoney qui a fait parler de lui : inspiré par Sim City, il s’agit ici réellement d’un jeu invitant l’internaute à « Faire triompher sa vision du monde » en prenant le contrôle d’une ville pétrolière canadienne.

Encore plus récemment, en mai 2014, Jeu d’influences (lancé en parallèle d’un documentaire diffusé sur France 5) nous plonge dans l’univers de la communication de crise et propose de définir un profil correspondant au joueur au grès de ses choix lors de l’expérience. L’internaute est par ailleurs invité à entrer son adresse email pour « sauvegarder sa progression » et à partager son résultat et sa progression sur les réseaux sociaux, accentuant l’aspect purement ludique de la plateforme.

Interface de navigation au sein du jeu-webdocumentaire Fort McMoney

Interface de navigation au sein du jeu-webdocumentaire Fort McMoney

C’est en immersion totale dans un univers ludique que l’internaute apprend et comprend le mieux les messages véhiculés : c’est ce qui fait la puissance et l’efficacité de ce format.

 

Alice Rahmoun

1 Comment

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