Actu

San Francisco subversive

Les récentes manifestations des Anti-Techs ont fait fureur sur la toile. De nombreux articles pamphlétaires apparaissent et visent à renforcer le mouvement de contestation initié par le groupe anarchiste The Counterforce. Ce mouvement souhaite renverser les codes technocapitalistes qui ont totalement transformé les moeurs sociales et ont exalté le clientélisme et la fragmentation des populations. Deux forces se dressent pour des causes opposés et le lieu où cette intrigue se déroule est San Francisco.

San Francisco, le vivier à « Tech-Companies »

Nombre de startups ou entreprises techs se situent dans cette ville surnommée City by the bay. Cette ville est souvent décrite comme faisant partie des fleurons de l’économie américaine. DropBox, Twitter, Uber ou encore le digital Wallet Square représente un échantillon des entreprises implantées sur cette ville. La Californie représente l’état américain le plus avancé en matière de hautes technologies, il suffit de visiter rapidement la région sud de la baie de San Francisco  ainsi que certaines villes pour s’en apercevoir telles que Palo Alto, j’en passe et des meilleures. Alors, on peut aussi se demander pourquoi de telles sociétés s’implantent sur cette baie, si ce n’est que pour simplement s’installer dans la Sillicon Valley. Celle-ci fût littéralement construite par deux jeunes étudiants : William Hewlett et David Packard. Je vous laisse faire l’association pour comprendre à quel marque de haute technologie je fais référence.

SFTech

Mais selon moi, la marque qui résonne dans toutes les rues de cette ville et qui l’imprègne de tout son caractère serait Levi’s. Depuis le courant du 19ème siècle, Levi’s y est présent. Cette marque a vu naître la ville qu’elle est aujourd’hui en ayant habillé les miniers et les ouvriers d’industries. Mais il s’agit là d’une autre époque, celle où le charbon et l’or faisait les richesses. Aujourd’hui l’activité majeure de cette baie est catalysée sur les données et l’interprétation de ces informations pour établir des schémas prédictifs précis.

Et découlant de ces notions assez empiriques et très techniques, il me paraît tout simplement impensable de ne pas parler de l’école de Palo Alto lorsque le sujet principal traite de San Francisco. Ce courant de pensée, datant des années 1950, est à l’origine de tous les réseaux sociaux que nous utilisons au quotidien. La notion centrale est la cybernétique. Il s’agit de l’étude d’un système global à travers les interactions des composantes qui le constitue. Cette notion vise à analyser les rapports de force établis entre un système « gouvernant » et un système « gouverné » qui peuvent être appréhendés grâce au processus de rétroaction qui les unit. La définition de ce courant de pensée est importante car elle me permettra d’analyser avec précision les mouvements de rébellion qui ont eu lieu récemment dans l’actualité.

Il était important pour moi de poser le contexte. J’entre maintenant dans le fond de mon propos que sont les récentes émeutes Anti-Tech qui se sont exprimées via des opérations « Anti-Glassholes » ou encore « Stop the Uber man ».

Le Mouvement Anti-Tech

L’histoire de cette ville se construit clairement grâce aux multiples mouvements de contre-culture qui ont animé les années 1960. Hippies, Beatnik, Yippies ces courants ont initié la culture contestatrice de cette ville. Et si ceux qui sortaient avec des fleurs dans les cheveux, vivant en paix et en harmonie, tel qu’il  est décrit dans la musique de Scott McKenzie, ceux qui sortent avec des Google Glass au nez risquent gros !

Kevin Rose, un ardent activiste Anti-Glassholes, a publié cette vidéo sur son blog (ici) pour effectuer une fausse promotion des Google Glass. Il a tout simplement filmé des gens sans leur accord pour démontrer que l’objet connecté de Google suscite un sentiment de méfiance et une violation caractérisée de la vie privée des gens.

[youtube youtubeurl= »ym7x7twSoqc » ][/youtube]

Beaucoup d’autres actions « coup de poing » ont eu lieu, et dans les deux sens du terme.

D’abord, le sens figuré, cette photo, digne d’une intrigue de film ou tirée de Watchdogs a engendré beaucoup de réactions. Il s’agit d’une des premières manifestations « physiques » du collectif Counterforce. Leur revendication a, suite à cela, clairement été formulée : nettoyer toutes les villes de l’emprise « technocapitaliste » et renverser l’ordre établit par les géants d’internet dont Yahoo fait parti. La mise en scène est forte et le message retient l’attention. Les actions suivantes n’ont cependant pas atteint le même niveau de qualité.

The Counterforce

Malheureusement, on ne compte plus le nombre de personnes ayant été agressées pour le simple motif qu’ils portaient des Google Glass. Lorsque les « Anti-Glassholes » interviennent ce n’est jamais sans fracas.

Kyle Russel est un jeune journaliste spécialisé dans l’univers Tech. Un soir, en entrant dans un bar san franciscain, plusieurs personnes le prennent à parti et lui oblige de retirer ses lunettes car ils se sentent oppressé par l’objet et ne parviennent pas à savoir si le jeune journaliste les filment à leur insu.

Capture d’écran 2014-05-17 à 01.02.40

Autres actions fortes de la part du collectif anarchiste et subversif, « Stop the Uber man ». Au-delà de proposer un service de transport, cette startup rachetée par Google a pour ambition de révolutionner la mobilité. Cependant The Counterforce opère une entreprise de destruction en bloquant systématiquement les voitures Uber. Le site Destroy Uber, créé par Gerard Lebovici (ici), vise à critiquer la qualité de service de la startup et à condamner l’utilisation des données privées des utilisateurs.

Pour finir, la transformation radicale de la ville a engendré une diaspora des populations. L’apparition des grandes entreprises a généré une inflation sans précédent et cela a provoqué des déplacements (entre autres vers San José) et des rancoeurs. La métamorphose de la ville a creusé les inégalités entre les populations et le traitement réservé au personnes sans abris et/ou malades restent encore un problème auquel la ville n’a toujours pas trouvé de solution. L’ambition de The Counterforce est de renverser la machine de domination (le rapport de force défavorable) mis en place et de redéfinir le système de domination tel qu’il existe aujourd’hui.

[youtube youtubeurl= »f2UM3SlLNNM » ][/youtube]

Crédits photos :

Kiwi Landing Pad

1 Comment

  1. Lucas Lahore

    Excellent article, une approche sociologique très pertinente et un constat éminemment intéressant !

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.