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MOOC : les cahiers au feu et la maîtresse au milieu ?

Mooc ?

MOOC, kézako ?

Il ne s’agit pas du nom du chien de votre voisin, ni du nom d’une nouvelle collection de baskets tendance.

MOOC est une contraction de l’anglais massive open online course qui se traduit en français par cours en ligne ouvert et massif (CLOM). Le principe est simple : il s’agit de formations ouvertes  sur internet dispensées par un professeur qui dicte sa classe via son ordinateur. Les étudiants répartis aux 4 coins du monde, communiquent uniquement par internet. Le terme massif n’est pas un qualificatif sur la quantité des cours (pas de panique) mais sur la quantité de participants suivant la formation.

En effet, plus de 100 000 participants peuvent se retrouver afin d’acquérir de nouvelles connaissances.

Le souhait des fondateurs de ce concept était de permettre à chacun d’accéder au savoir via internet.

L’homme qui valait 6 millions d’élèves.

Salman Khan

Parmi les précurseurs de ce phénomène, on retrouve souvent le nom de Salman Khan « le professeur aux 6 millions d’élèves » (à ne pas confondre avec un fameux acteur Bollywoodien).

L’ascension de ce professeur de mathématiques est assez simple. Il donnait des cours de soutien (de mathématiques, logique…) à sa petite nièce via internet. Quand il s’aperçut que des amis et des membres de sa famille suivaient également ses cours, il décida de créer une chaine Youtube dédiée (Khan Academy). Il connut un succès immédiat et le nombre de vues de ses vidéos explosa. Ses vidéos pouvaient atteindre les 200 000 vues. La simplicité de sa méthode, son côté à la fois pédagogique, détendu et sa gratuité font partie des clés de son succès. Depuis, il a créé son site, employant plus de 40 personnes à temps plein qui se chargent de mettre en ligne et dispenser plusieurs cours gratuits, en plusieurs langues. La Khan Academy compte aujourd’hui plusieurs milliers d’élèves à travers le monde.

Son but n’est pas de supplanter l’éducation traditionnelle, mais d’utiliser le web comme appui aux cours théoriques. Il se défend de donner accès au savoir aux personnes résidant dans les régions les plus reculées. Les détracteurs de cette méthode avancent tout de même un argument simple : encore faut-il que ces populations reculées géographiquement aient accès à internet. Là est tout le paradoxe de cette méthode : la liberté d’accès au savoir à tous, c’est bien, mais quels sont les moyens à mettre en œuvre ?

Les partisans de Mr Khan prônent au contraire une aide considérable aux enseignants et surtout aux élèves. Tandis que les classes sociales les plus aisées peuvent se permettre d’avoir des professeurs particuliers, les classes sociales plus modestes trouvent ici un vrai soutien. De plus, la plupart des écoles à travers le monde se retrouvent confrontées à des classes surchargées et les professeurs ne peuvent pas se permettre de faire du cas par cas. On peut donc penser qu’il s’agit là d’un bon complément à l’enseignement.

C’est tout du moins ce que pense Google qui lui a reversé la coquette somme de deux millions de dollars pour soutenir son projet.

Et si demain je devenais virtuose en musique ?

Malgré toutes les questions que peut soulever cette méthode, les MOOC ont le vent en poupe. Depuis plus de deux ans, les grandes universités américaines l’appliquent (en plus de leurs cours traditionnels) et continuent à la développer massivement. Par exemple, vous pouvez désormais devenir un virtuose du jazz en vous inscrivant sur la plateforme mise en place par le fameux Berklee College of Music ou apprendre à survivre à une invasion de Zombies dans la fameuse Université de Californie à Irvine.

Comme vous l’aurez compris, les universités américaines misent beaucoup sur les MOOC. De grands noms tels que le MIT, Harvard, Stanford ou Yale continuent à développer massivement leurs cours dans des domaines plus variés les uns que les autres. Désormais, une quantité considérable de formations est disponible.

Ces formations ne se retrouvent pas toutes seules dans la nature. Trois plateformes principales se partagent les parts du gâteau (et d’autres essayent de se faire une place). Les 3 plateformes leaders aux Etats Unis sont : Coursera, Udacity et edX. Elles disposent d’un budget confortable de 15 à 20 millions de dollars chacune. Enfin, un dernier acteur porté principalement par des entreprises proposant au départ des LMS (Learning Management System) s’intègre peu à peu dans le paysage. Il s’agit de Canvas Network.

Et la Fronce dans tout ça…

En France, l’engouement pour les MOOC est de plus en plus important. Depuis peu, tout comme aux Etat-Unis, les grandes écoles ont développé leurs plateformes. Aujourd’hui vous pouvez suivre des cours dans des écoles d’ingénieur réputées (Centrale, Polytechnique, Mines) ou dans des fameuses écoles de commerce (HEC).

Le 2 Octobre 2013, sous l’impulsion du phénomène (ou pour rattraper notre retard, diront les mauvaises langues) les universités, avec l’aide de l’Etat, ont lancé la plateforme France université numérique sous le sympathique acronyme FUN. La fusée MOOC est donc enfin lancée dans l’hexagone. La ministre de l’Enseignement supérieur (Geneviève Fioraso), avec l’appui de la ministre déléguée auprès du ministre du redressement productif, chargée des petites et moyennes entreprises , de l’innovation et de l’économie numérique, plus connue sous le nom de Fleur Pellerin ont annoncé qu’elles débloqueraient un budget de 8 millions d’euros pour développer ces formations.

L’Union européenne n’est pas en reste et avait déjà pris le pli en soutenant le projet OpenUpEd qui regroupe également les enseignements de plusieurs grandes universités européennes.

Et mon diplôme dans tout ça ?

Outre leur aspect universel, que peut-on dire au sujet de la remise de vrais diplômes ? Vous n’avez pas besoin d’avoir un statut étudiant ou une flopée de diplômes (voire aucun diplôme) pour suivre ces formations. Cependant, certains cours nécessitent un minimum de connaissances (sinon vous allez vite revenir sur Youtube pour regarder les dernières vidéos de Cyprien).

Quoi qu’il en soit, si vous arrivez à suivre un cours de type Initiation à la théorie des distributions, proposé par l’École polytechnique et que vous réussissez l’examen, ne vous attendez pas à pouvoir marquer sur votre CV « issu de Polytechnique ». L’enseignement ne vous garantit pas un diplôme, néanmoins vous aurez peut être la gratification de recevoir une belle certification (numérique).

Vous l’aurez compris, avant toute chose, les MOOC sont là pour toute personne qui souhaite approfondir sa culture ou pallier la fuite des connaissances, perdues dans les méandres des années de scolarité.

Il s’agit d’un bon complément aux cours théoriques donnés en parallèle, mais comme l’indique le titre de mon article, n’allez pas croire que nous pourrons nous passer de lieux et de personnes physiques pour nous inculquer le savoir. Cela reste une méthode où les élèves et les professeurs ont très peu d’interaction. L’élève est souvent anonyme et devient un « élève chiffre » parmi d’autres.

De plus, nos maîtres, maîtresses et professeurs sont issus d’institutions régies par l’Etat. Il s’agit d’un réel gage de qualité et de conformité.

Et puis très honnêtement, l’école a toujours été une source de souvenirs qui nous rassemble. Quel sentiment jouissif dès lors qu’après 20 minutes à attendre devant sa salle de classe, on vous annonce que votre professeur ne pourra pas faire cours, ou au contraire qu’il arrive alors que vous dansiez dans les couloirs en croyant que vous pourriez rentrer plus tôt… Un souvenir parmi tant d’autre…

En bref, cette méthode apporte son lot d’avantages mais également d’interrogations quant à son efficacité et ses résultats. Mais ne l’oublions pas, nous faisons partie des cobayes de la révolution numérique. Seul le temps nous dira les apports de ce nouveau type d’enseignement.

2 Comments

  1. Izmalachatounette

    Très bon article et bien rédigé. Cela fait plaisir de voir qu’il y a encore des journalistes capables d’écrire sur des sujets de fond avec un vrai style. Ça nous change des copiés/collés des alertes AFP que l’on retrouve trop souvent sur les sites des grands journaux.

  2. Stéphanie Bernard

    C’est cool les MOOC 🙂 Merci Zozo pour cette petite découverte!

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