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Les réseaux sociaux : tribunaux populaires du monde virtuel.

Lorsque les médias sociaux deviennent des outils citoyens de surveillance et de prévention contre le crime, le buzz est assuré. Dénonciation, témoignage, mises en ligne d’images chocs pour mobiliser les communautés, autant de  stratégies adoptées par le 2.0 et génératrices de prise de conscience chez l’individu.  Ces procédés tendent à se démocratiser et sont de plus en plus courants sur internet. On se demande alors si le réseautage n’aurait pas sa propre morale où l’effet de masse porte toujours ses fruits.

De la même manière que l’espace internet permet la discussion, le débat et la critique pour le maintien et l’instauration de la démocratie comme nous l’avons vu lors du Printemps arabe, les médias sociaux peuvent également œuvrer afin que justice soit rendue, comme de vrais tribunaux populaires virtuels. Certains diront que les médias sociaux forment une gigantesque « chambre d’échos » du pire et du meilleur de l’homme, d’autres ne souhaiteront pas se laisser abuser par le côté « agence de renseignements ».

Nous allons donc revenir sur des évènements récents qui démontrent l’importance des médias sociaux dans des cas allant du dramatique au tendance.

« Kony 2012 » : la vidéo la plus virale de l’histoire du web

En moins de deux semaines, la vidéo « story telling » Kony 2012 a été visionnée 70 millions de fois.

Réalisée par l’association Invisible children, cette vidéo appelle à l’arrestation et à la traduction en justice pour crimes contre l’humanité de Joseph Kony, chef des rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA). Joseph kony est considéré comme responsable de l’enlèvement, de la torture et de l’exploitation de dizaines de milliers d’enfants dans le nord de l’Ouganda entre 1988 et 2005. Le mini-film de 30 minutes scande la mobilisation de la jeunesse mondiale; une jeunesse très impliquée au cœur de l’opération « Kony 2012 », et menant des actions telles que :

–        le partage du film

–        l’utilisation du kit « Kony » comprenant badges et bracelets du nom de la campagne de lutte contre le dirigeant africain

–        l’interpellation sur Twitter de personnalités politiques, people, ou fortunées

Le but étant de rendre le nom « Kony » célèbre, car en effet, le dirigeant a sévi pendant plus de 26 ans sans que personne ne puisse le contrer et stopper ses agissements sanguinaires. Invisible Children a donc souhaité mettre en lumière cet homme et ses crimes.

Résultat, sur Twitter, la vidéo a été diffusée par des célébrités influentes du populaire réseau social de micro-blogging, comme Justin Bieber ou Rihanna. Puis elle est apparue en tête des trending topics, ce qui lui a assuré un buzz de taille. L’administration Obama avait déjà validé l’envoi d’une centaine de conseillers militaires américains dans la région en 2010, présents pour aider à la capture du chef de guerre en fin de course depuis octobre 2011. Mais avec ce retour en puissance,  « Invisible Children » compte bien faire pression sur le gouvernement américain pour accentuer cet effort.

Sans traiter de toutes les polémiques qui fusent autour de la vidéo de sensibilisation et de rassemblement « Kony 2012 », ce cas prouve à quel point les médias sociaux ont un impact considérable, notamment lorsqu’il s’agit de sauvetages humanitaires impliquant directement la justice. Les internautes se veulent être des citoyens d’actions, éclairés et généreux mais aussi, faiseurs d’opinions et puissants de par leur nombre. Chacun a donc l’impression d’être directement visé, activiste et journaliste à la fois.

Flint Police Operations Social Group : la réhabilitation d’un état meurtri par la délinquance

Un groupe de 21 administrateurs – « surveillants de voisinage en ligne » tente de remettre de l’ordre danss la ville de Flint, un état du Michigan en proie à la délinquance et délaissé par les autorités policière. De ce fait, ce sont les civils eux-mêmes qui ont mis en place un système de surveillance via Twitter, Facebook et Google plus, en relai du 911 (numéro d’urgence des Etats-Unis). 24 heures sur 24 et 6 jours sur 7, les 21 volontaires (auxiliaires médicaux, de pompiers, de militaires et de citoyens frustrés) permettent à leurs 32 000 suiveurs d’être instantanément au courant de chaque intervention, incident ou mise en garde. Par le biais de services gratuits et légaux, ils ont décidé de seconder les forces de l’ordre, et de prôner la prise de conscience et le savoir. Pas d’amalgame, ces personnes ne sont pas assimilées à des « balances » mais à un Groupe Social rendant compte de crimes et nettoyant les rues. Le déroulement des opérations consiste en une veille sociale axée sur les médias communautaires. Les citoyens intéressés appellent le 911, et lorsque l’un des administrateurs des FPO entend l’appel à la radio (il s’agit de l’outil Radioreference entre autres), il peut immédiatement retranscrire l’information sur ses sites de médias sociaux.

Cette stratégie prend donc tout son sens, et serait même d’un intérêt public, même si l’on sait que la tendance à la délation et au « j’épie mon voisin » est très forte de nos jours (TV réalité). Une fois de plus, la justice est faite sur les réseaux sociaux qui tiennent un rôle majeur, tout en simplicité de par l’effet boule de neige généré automatiquement par le nombre d’inscrits sur les pages du Flint Police Ops.

Le webunal : le tribunal 2.0

Finissons notre étude sur un cas bien moins sérieux. Les années 2000 sont définitivement à l’origine de nouveaux concepts qui tendent à se populariser, même si leur sens n’est pas toujours facile à comprendre. Ainsi, par effet de mode, on jargonne et on jargonne, influencés par le web 2.0, en maniant les mots tel un Rubik’s cube avec une petite touche anglo saxonne pour certains : webzine, social networking, consom’acteur, podcast, et même le fameux Blog!

Comme nous l’avons vu, les médias sociaux renforcent le partage, l’échange, l’interaction entre les internautes. La gestion des listes d’amis en est l’un des composants fondamentaux du réseau social, toutefois, il arrive que dans « la vraie vie », on puisse avoir des litiges avec ses amis, même s’ils sont sur la liste… Et bien tatamm !! Le webunal, ou le tribunal version 2.0 est la solution qui vous permettra de régler vos petits cancans entre amis… et de les exposer aux yeux des internautes sur Facebook ou Twitter.

Le process est simple : il s’agit de régler ses différents et prises de tête entre amis, sur le web. Le webunal propose de faire des internautes des médiateurs en ligne, en intervenant sur de minimes cas de disputes; Vous nous direz… mieux vaut cela que de garder ces rancœurs pour soi ou être faché à vie! Ainsi, la population peut se délecter devant de petits feuilletons « sympatoches tels que « tu m’as rendu mon T-shirt dans un état déplorable » ou encore « tu passes plus de temps avec ta soeur malade qu’avec moi » ;  la finalité étant l’estimation de la nature du dédommagement dû par la personne  » incriminée ».

Les étapes à suivre :

  • Sélectionner la personne ayant causé le préjudice
  • Renseigner le motif de la plainte
  • Demander une compensation (excuses, argent, cadeau, et là ce qui est audacieux est le lien fait vers le site marchand de son choix… très intéressant de poursuivre quelqu’un!).
  • Ouvrir le cas aux votes publics ou privés, et dans ce cas sélectionner les amis qui voteront.
  • Une notification apparaît sur Facebook via l’application Webunal et sous forme de post sur Twitter.
  • Les amis « jurés » peuvent alors voter et le défendant peut tenter de prouver son innocence en publiant des preuves…

Le déballage public est donc à l’honneur, ainsi que le voyeurisme, et les deux réseaux sont plus que jamais terrains de règlements de comptes, transformant les internautes en jurés.

Mais qu’en est-il de l’éthique?  Le webunal améliore-t-il vraiment les relations? Ou amplifie-t-il les conflits  tel un vulgaire (social) show hollywoodien… ? A vous de trancher!

God save the social networks…

Ce sera notre mot de la fin puisque malgré tout, les médias sociaux se voient plus responsables qu’à leurs débuts. Il est évident que l’adhésion à ces plateformes n’est pas systématique, néanmoins, certains ont des fonctions aussi ludiques que très utiles et les idées circulent vite ce qui ne peut qu’accroître le partage et l’information. Lorsque le web se mêle de la justice, l’engouement est bien plus fort puisque le caractère émotionnel apparaît, un facteur des plus « vendeur ».

Wang-Isabelle Bo, Inès Hilaire

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