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Le quantified self : quand la mesure de ses données personnelles devient une drogue

24H en quantified self (vu sur Neon magazine – Mai 2014) 

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7h. Le réveil sonne, mon cœur bat à 63 pulsations par minute. Je suis grognon : moral 3 sur 10 sur MoodPanda. En me levant, je glisse l’iPhone dans mon slip jusqu’au frigo pour compter mes pas. Sur OptimizeMe, j’entre mon emploi du temps alors que Limitless de Chrome calcule le temps passé sur chaque site.

10h. « Il est temps de calculer votre rythme cardiaque », me tanne mon i’Phone. Je viens de passer 9% de ma matinée à sortir mon chien, 18% à faire de l’administratif, 18% à glandouiller, et 55% devant Internet. Je culpabilise.

10h40. Après avoir essayé de faire fonctionner ma 3G pendant 20 minutes, j’arrive à lancer Runastic. Je cours 6,56 kilomètres en 36’19’’ à la vitesse moyenne de 10,8 km/h, 118 pulsations par minute. Je publie mes statistiques sur Facebook. Je crois que mes potes s ‘en fichent. Ou ne me croient pas. Deuxième douche de la journée (je le note sur Daytum), puis direction le travail.

13h. Une grosse patate rose me dit que je mange trop vite. C’est l’application 80bites qui comptabilise mes bouchées. Mon déjeuner (sandwich / coca / yaourt) fait 292 calories. Je l’ai mangé en 20 minutes, mais je n’ai atteint que 50% de mes besoins en fibres et 70% pour les laitages. Je plonge dans le boulot qui représentera 38,2% de ma journée.

21h. A l’heure du diner, j’avale deux crêpes salées avant d’aller au cinéma : 440 calories en 18 bouchées. Je regarde un film en 1h25 et rentre me coucher. Avant de me glisser dans mon lit, je regarde : j’ai fait 7723 pas, soit 346 calories perdues en 1h23. Avec le jogging, j’ai brûlé au total 757 calories, contre 732 avalées. Je vous épargne Condom Size pour mesurer la taille de mon sexe avec mon iPad et Spreadsheets, qui m’a permis de savoir si je m’en sers bien.

Minuit. Je m’endors, mon iPhone posé à côté de ma tête pour calculer mon cycle de sommeil (Sleep Cycle). Je dors 6h26 avec seulement trois pics de sommeil profond. Sûrement parce que j’étais hanté par une question : combien de temps ai-je perdu à tout calculer ?

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Le quantified self, c’est quoi déjà ?

Le « QS » pour les intimes ou la  « mesure de soi » pour les francophones, c’est une pratique à mi-chemin entre le réel et le virtuel. L’idée est de mesurer, à l’aide de capteurs ou autres objets connectés reliés à un smartphone ou à Internet, toutes les variables de son existence avant de les diffuser sur les réseaux sociaux comme une sorte de bulletin d’information individuel trivial.

Lecteur, savais-tu que le quantified self allait « bientôt » fêter ses dix ans ? Si on pousse un peu, on  peut même dire 15 ans. Dès 2007, deux éditeurs du magazine Wired  proposent des entres entre utilisateurs et fabricants d’outils dédiés au suivi des données personnelles. Un peu plus tard, Gary Wolf – un des deux éditeurs – présente le concept lors d’une conférence TED  qui sera repris un an plus tard à l’occasion de la première conférence internationale du Quantified Self à Mountain View.

En France, on peut considérer que le quantified self apparu au début des années 2000 avec le site Automesure.com qui se concentre sur les données médicales. C’est à partir de 2011 qu’il a réellement pris de l’ampleur avec la création de QSParis   – mouvement parisien du quantified self – et autre MyDataLabs  – association centrée sur la donnée personnelle. Les médias s’y mettent aussi : 20Minutes.fr a lancé en mai 2013 Se Coacher … un magazine en ligne entièrement dédié au concept.

Finalement, qu’est ce qui ne se mesure pas ?

Le quantified self promet de simplifier la vie et de prendre conscience du potentiel de chaque individu. Le principe de tirer des enseignements de chaque action est intéressant, mais la question du partage a plutôt un caractère intrusif, voire exhibitoire ! Comme pour chaque découverte et chaque avancée, il faut savoir trouver une limite.

Les plus connus, ce sont les applis de régime , de suivi du sommeil , d’activités sportives … mais l’offre en la matière s’étend bien au-delà.

Dans la vie de tous les jours, on peut aussi tracker les données de sa maison, de sa voiture, de son jardin… des transports qu’on utilise…

Ne savons-nous plus penser par nos propres moyens ? Avec le Plant Link, tu gardes la main (verte) sur tes plantes. C’est-à-dire que sans, tu ne sais plus remarquer si ta plante verte a besoin d’eau ?

plantlink

 

Des plateformes de regroupement de données existent aussi : de quoi y voir un peu plus clair dans cet océan de données.

Tictrac se charge de stocker et de traiter les données qu’on lui envoie.

Tictrac se charge de stocker et de traiter les données qu’on lui envoie.

Pour un peu plus de WTF ! , n’hésitez pas à essayer l’application Nipple, La plus « complète » dans le monde du quantified sex. En quelques mots, elle permet de suivre son activité sexuelle au quotidien : positions, utilisation de sextoys et autres atteinte d’orgasmes. Il est même possible de donner une note à son partenaire avant de partager le tout avec ses amis.

Nota bene : on peut en plus de tout ça créer des schémas et des tableaux pour visualiser l’évolution de ses performances. Si c’est pas beau…

Jusqu’où ira notre imagination ?

Ici, nous sommes dans le futur. Cette tendance tend à se développer de plus en plus. Qui sait ? Bientôt nos enfants auront des bracelets connectés dès leur naissance. Ils ne sauront peut-être même pas manger sans s’y référer pour comprendre qu’ils ont atteint leur niveau de satiété grâce aux nombres de calories indiqué. De nouveaux métiers pourront être créés et des cours de « vie connectée » pourront remplacer ceux de « vie de classe » dans les écoles. Ce ne sont que des suppositions, bien sûr. Mais nous pouvons ouvrir le champ des possibles. Plus rien n’est étonnant : pas même ce professeur de Wikipedia à l’Université de Berkeley, aux Etats-Unis d’Amérique.

7 Comments

  1. Manon

    Assez … effrayant !! Ca nous permet peut être de déculpabiliser quand on mange un Schokobons … Moi mon application Runtastic Road Bike me permet de voir combien de vais pouvoir manger de chocolat après 1h de vélo 😉
    Merci pour toutes ces découvertes même si je ne suis pas sûre de toutes les utiliser un jour …

  2. POMPOM

    PFFF ! Cela fait peur ….. Ma montre Garmin décompte les calories perdues, me donne la distance, le dénivelé et la vitesse quand je cours mais cela s’arrête là ….Mais c’est l’avenir :-)))

  3. Doune

    Loin d’utiliser cette technologie, je suis effrayée par toute cette imagination déployée pour beaucoup de futilité ! A quand le QS pour mesurer ses rêves, s’il en reste encore ?…

  4. Amel

    Super article ! Très réaliste !

  5. Gaga

    Bel article Melle Pomi !
    A quand l’Internet qui écrira les articles à notre place..?

  6. Baobab

    On entre dans un engrenage technologique ou tout doit être quantifié, évalué, prévisible.
    Noter combien de calories nous avons perdu, combien en avons nous gagné, combien de pas dans une journée, nous devenons des nevrosés des chiffres. Mais que faisons nous du charme de la spontanéité et de l’imprevisible ?
    (J’admets que dans le domaine médical l’utilité est sans doute notable, et encore que.)

  7. tinteo

    C’est quand meme un peu égocentrique, non ?
    Le plus inquiétant c’est le nombre de bracelets de quantified self qui ont été vendus.
    Ces gens n’ont ils rien de plus intéressant à faire.

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