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Google s'offre des drones pour conquérir de nouveaux marchés

Les drones ont le vent en poupe. Après Facebook, qui a racheté les drones britanniques propulsés à l’énergie solaire Ascenta, et Amazon, qui espère faire livrer ses colis par ce biais dans les cinq ans qui viennent, voici que Google annonce, à son tour, le rachat de l’un des fleurons du secteur, Titan Aero­space.

C’est finalement Google et non Facebook qui s’est offert Titan Aerospace. L’objectif de cette acquisition par le géant américain est de garantir l’accès à Internet dans les zones reculées par le biais des drones solaires. Il devrait être accompli pour 2015.

Avant les drones, Google s’est intéressé aux montgolfières. Le projet nommé « Loon », abréviation de balloon en anglais, ambitionne de créer un réseau de montgolfières dans la stratosphère, au-dessus des avions de ligne et du mauvais temps. Les ballons serviraient alors de relai entre le réseau internet et les antennes dédiées… Le premier test a été lancé en juin 2013 et l’un des ballons a fait le tour du monde en vingt-deux jours.

Mais les montgolfières présentent certains inconvénients : elles ont peu d’autonomie, sont fragiles, et sont peu contrôlables. Google espère tout de même mettre en place des ballons assez résistants pour voler cent jours, et dont les déplacements seraient gérés par des algorithmes informatiques.

Mais les drones offrent beaucoup plus de sécurité.  Facebook a préféré investir dès le départ dans les drones, avec l’achat d’une très petite entreprise britannique de production d’avions solaires. Le réseau social a même créé une équipe spéciale, le « Connectivity Lab ». Un groupe de réflexion qui intègre notamment des experts de la Nasa, et se spécialise sur l’accès à internet par les airs. En terme de durabilité, Google a lui aussi fini par parier sur les drones, puisque Titan Aerospace, sa nouvelle acquisition, fabrique des avions à énergie solaire qui peuvent rester en vol cinq ans.

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DRONES ATMOSPHÉRIQUES

Fondé en 2012, Titan Aerospace s’est spécialisé dans la fabrication de drones « atmosphériques ». Volant à une altitude de 65 000 pieds, soit environ 20 km au-dessus du niveau de la mer mais toujours dans l’atmosphère, ils peuvent remplir les mêmes missions qu’un satellite classique (surveillance, cartographie, communications…). Tout en étant beaucoup moins onéreux. Leur prix serait inférieur à 2 millions de dollars, contre plus de 100 millions pour un satellite.

Ces drones sont propulsés grâce à l’énergie photovoltaïque, par l’intermédiaire de larges panneaux solaires placés sur leurs ailes. Selon Titan, ils peuvent ainsi voler pendant cinq ans sans avoir besoin d’atterrir ou d’être ravitaillés. « Les coûts opérationnels sont quasiment nuls, précisait l’an dernier au magazine Fortune Dustin Sanders, ingénieur en chef de la société. Il ne suffit que d’une seule personne pour s’assurer que le drone fonctionne correctement. »

PHOTOS HAUTE DÉFINITION

Deux modèles sont en développement, le Solara-50 et le Solara-60. D’une envergure respective de 50 m et de 60 m (contre 80 m pour un Airbus A380), ils peuvent transporter une charge utile de 35 kg et de 100 kg. Le premier lancement est espéré au début de 2015. La société devra au préalable obtenir l’accord des autorités américaines, mais uniquement pour la phase ascendante. Une fois leur altitude de croisière atteinte, les appareils voleront assez haut pour échapper aux réglementations actuellement en vigueur.

Pour Google, ces drones pourraient avoir un double usage. D’abord, ils pourront enrichir son service de cartographie, Google Maps, ou son globe virtuel, Google Earth. Les appareils de Titan peuvent en effet prendre des photos de la Terre en haute résolution. Cela pourrait permettre à la société de mettre à jour ses cartes de manière plus rapide. Ou alors de fournir des informations en temps réel.

Le moteur de recherche souligne aussi que les drones pourraient « résoudre d’autres problèmes, dont l’assistance en cas de catastrophe et des dommages environnementaux, comme la déforestation ».

ACCÈS À INTERNET

Seconde utilisation : fournir un accès à Internet aux populations qui en sont encore dépourvues. Les équipes de Titan travailleront ainsi en étroite collaboration avec le projet Loon, dont la mission est de lancer des ballons gonflés à l’hélium volant eux aussi à une vingtaine de kilomètres au-dessus du niveau de la mer.  « Il est encore tôt, mais des satellites atmosphériques pourraient aider à donner un accès Internet à des millions de personnes », explique Google.

Facebook poursuit le même objectif dans le cadre de l’initiative Internet.org, lancée en août 2013, avec le soutien de Samsung, Qualcomm ou encore Nokia. Par son intermédiaire, Mark Zuckerberg veut connecter les 5 milliards de personnes qui n’ont pas accès à Internet. Les drones constitueront la prochaine étape.

A terme, les deux géants du Web pourraient déployer une constellation de plusieurs milliers de drones, au-dessus des régions où Internet est encore absent, notamment en Afrique. Equipés de relais télécoms, les drones Solara peuvent fournir une connexion Internet dans un rayon de 30 km. Plus le réseau sera dense et plus la couverture sera puissante. Selon Titan, la vitesse de connexion pourrait atteindre 1 Gbit/s, beaucoup plus que les connexions traditionnelles dans les pays occidentaux.

OBJECTIFS ÉCONOMIQUES

« Titan Aerospace et Google partagent un profond optimisme sur le potentiel de la technologie pour améliorer le monde », assure le moteur de recherche. Mais derrière la vision idyllique se cachent aussi des objectifs économiques. En fournissant un accès à Internet, Google et Facebook espèrent gagner des millions d’utilisateurs. Cela veut dire une audience élargie et des nouvelles occasions publicitaires. Alors même que leur croissance ralentit aux Etats-Unis et en Europe.

MAIS POURQUOI GOOGLE VEUT DEVENIR UN FOURNISSEUR D’ACCÈS INTERNET ?

Quatre ans après l’annonce d’une première expérimentation, Google affirme ses ambitions dans l’Internet très haut débit. Le groupe de Mountain View (Californie) souhaite accélérer le déploiement de son réseau de fibre optique, baptisé Google Fiber.

Mi-février, elle a publié une liste de 34 villes américaines susceptibles d’être raccordées en 2015. A la clé : un accès au Web jusqu’à 100 fois plus rapide que la connexion traditionnelle par le câble. Pour le moment, le service n’est disponible que dans la région de Kansas City (Kansas) et dans la ville de Provo (Utah). Il est en cours de déploiement à Austin, capitale du Texas et l’un des principaux pôles high-tech aux Etats-Unis.

La fibre optique est quasiment absente du territoire américain. Outre Google, seul l’opérateur de télécommunications Verizon la propose à une petite partie de ses clients. Mais le prix d’abonnement peut atteindre 350 dollars (252 euros) par mois. Le service Google Fiber est, lui, proposé à 70 dollars. Pour 50 dollars supplémentaires, environ 200 chaînes de télévision sont accessibles. Un prix équivalent à ce qu’il faut débourser dans les grandes métropoles américaines pour une connexion beaucoup moins rapide.

SUSCITER L’ATTENTE

Depuis sa présentation en février 2010, Google Fiber fait saliver les internautes, mais aussi les entreprises et les municipalités. Pourtant, le déploiement du réseau reste limité. « Des milliers de kilomètres de fibre optique sont nécessaires pour une seule ville. C’est un projet colossal qui demande beaucoup de temps », explique-t-on chez le moteur de recherche.

Autre raison : le coût. Pour les 34 nouvelles villes, Carlos Kirjner, analyste de Bernstein Research, l’estime entre 2,2 et 3 milliards de dollars. Fin 2012, la banque Goldman Sachs chiffrait à 140 milliards de dollars l’investissement nécessaire pour connecter tout le pays.

« Si les 34 villes supplémentaires sont raccordées, Google Fiber ne sera disponible que pour 3 % des foyers américains », indique Susan Crawford, professeur à l’université Harvard. De quoi susciter l’attente. Les municipalités font la cour à Google pour être les prochaines sur la liste. La société assure ne réclamer « aucune subvention ».

ASSEOIR LA RENTABILITÉ

Milo Medin, le directeur de Google Fiber, est formel : « Nous espérons gagner de l’argent », assurait-il en 2013 devant plusieurs maires américains. Pour rentrer dans ses frais, Google a réduit les coûts en développant ses équipements.

Le groupe met aussi en compétition les quartiers des villes : plus les habitants sont nombreux à s’abonner, plus le déploiement est rapide. Cela lui permet de s’assurer que ses investissements seront rentabilisés.

« Fiber est une tentative de Google de bâtir une nouvelle activité rentable », assure M. Kirjne. Il estime que le service pourrait être accessible à 40 millions de foyers d’ici à 2020, pour 20 millions de clients et un chiffre d’affaires annuel de 20 milliards de dollars. « Google pense à long terme. Dans cinq ans, Fiber pourrait devenir une activité significative et provoquer des turbulences pour les opérateurs en place », poursuit-il.

CROÎTRE SUR LE SECTEUR DE LA PUBLICITÉ TÉLÉVISÉE

« Ce n’est pas simplement une question de profits », fait valoir Patrick Pichette, le directeur financier de Google. Fiber doit aussi promouvoir l’Internet très haut débit aux Etats-Unis. Très peu d’Américains ont accès à la fibre optique. Le groupe espère que le développement de cette offre va pousser les grands fournisseurs d’accès, comme Comcast, Time Warner et AT&T, à investir dans la fibre.

Ce dernier a été le premier à réagir, fin 2013, en lançant son réseau très haut débit à Austin. Ses concurrents restent peu actifs. Google espère aussi peser sur les prix pour que les futures offres des opérateurs soient accessibles au plus grand monde.

L’intérêt pour Google est publicitaire. « Les gens font plus de choses sur Internet quand ils ont un accès rapide », avance Kevin Lo, directeur général de Google Fiber. Or le niveau de chiffre d’affaires du moteur de recherche dépend du niveau d’activité des internautes : plus ils surfent sur le Web, plus il vend de la publicité et plus il gagne de l’argent.

En outre, des vitesses plus rapides doivent favoriser la publicité vidéo. L’un des objectifs Google est de grignoter le gigantesque marché de la publicité télévisée. Pour cela, il faut que le confort des utilisateurs soit au rendez-vous : quelques secondes d’attente sont considérées comme un frein.

NE PAS DÉPENDRE DES OPÉRATEURS

Le géant du Web veut aussi peser dans le débat sur la neutralité du Net. Un récent jugement de la justice américaine a remis en question ce principe qui garantit l’égalité de tous les acteurs sur le Web.

Cela signifie que les opérateurs pourront réclamer à Google de payer pour maintenir une vitesse de connexion optimale sur ses services, notamment sa plate-forme de vidéo YouTube. En cas de refus, il s’expose à un débit limité et prend le risque de devenir lent et inutilisable. Et donc de voir les internautes fuir vers des concurrents.

Si les fournisseurs d’accès se montrent trop gourmands ou décident de limiter le débit sur ses services, Google pourrait riposter en s’attaquant directement à leur activité et à leurs profits.

Même chose sur les abonnements à consommation limitée de données, que Comcast, le premier câblo-opérateur du pays, expérimente. Et qui représentent une menace pour les recettes publicitaires de Google.

 

 

 

 

 

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