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Et si le nouveau PPDA, c’était Google ? L’influence du digital sur le journalisme.

 

Si l’actualité de ces dernières semaines est sans aucun doute la remise en cause de l’utilité du soutien gorge, Jérôme Cahuzac a remis à l’ordre du jour bien plus qu’un sujet politique.

L’affaire a en effet été révélée,  une fois n’est pas coutume, sur le net par un journal en ligne, Mediapart. Le scandale des lasagnes hippiques de Findus est un autre exemple, quelques semaines plus tôt. Internet est un acteur plus que majeur dans le monde médiatique et nous avons tenté d’analyser certaines évolutions du journalisme et plus largement du traitement de l’information.

 

Les nouveaux supports

L’explosion d’internet, des blogs et des réseaux sociaux a fait de chacun de nous des relais et de potentiels créateurs d’information. Ce qui ne fait pas de tout le monde un journaliste mais cette définition n’est pas la question de cet article. Le journalisme s’est adapté à ces évolutions et a intégré de nouveaux supports digitaux, en voici quelques exemples :

 

Les pure players

 

Pure-player

 

En France, depuis 2007, les pure players d’information bousculent les grands journaux et leurs sites internet. Huffington Post (version française) ou Rue 89, environ 10 millions de visites chacun en mars 2013 (OJD internet)  ont pris leurs marques aux côtés du monde.fr (62 millions de visites) ou du Figaro.fr (58 millions de visites) qui dominent toutefois le secteur.

Ces sites d’informations, implantés uniquement sur le net, sont basés sur différents modèles. Certains, comme Mediapart ou Arrêt sur images proposent du contenu payant et affirment trouver l’équilibre économique. D’autres  se rémunèrent par la publicité mais, selon inaglobal.fr, peu de pure players sont rentables et leur survie ainsi que leur indépendance ne seraient pas garanties.

 

Le microblogging 

 

Microblogging 3:4

 

Twitter a très certainement influencé le monde journalistique et les principaux acteurs sont très présents sur le réseau. Pour s’en rendre compte, en France par exemple, il suffit de jeter un œil sur les comptes des principaux journaux (au 14/04/13) :

  • @lemondefr : 79 862 tweets pour 1 431 464 followers
  • @liberation_info : 27 620 tweets pour 507 388 followers
  • @Le_Figaro : 81 450 tweets pour 369 142 followers

 

ou sur les comptes des journalistes les plus connus :

  • @C_Barbier : 2 928 tweets pour 202 278 followers
  • @jmapathie : 3 222 pour 123 502 followers
  • @edwyplenel : 4 835 tweets pour 155 271 followers

 

De nouveaux réseaux de microblogging, se positionnant comme supports d’information ont également vu le jour, mettant en avant la qualité et l’organisation de l’information.

Medium en est l’exemple. Cette nouvelle plateforme de publication présente l’information classée par thème (collection). Les internautes créent des collections, y ajoutent du contenu et invitent d’autres internautes à y participer.

Le créateur de ce nouveau réseau n’est autre qu’Ev Adams, co-fondateur de Twitter qui a également lancé la plateforme Blogger.

 

Le crowdfounding

 

crowdfunding

 

De Correspondent est un nouveau média néerlandais fondé par Rob Wijnberg. Ce média digital a été créé grâce à 17 000 crowdfunders. En une semaine, 1,3 millions de dollars ont été réunis et ont permis de concrétiser le projet.

Cette nouvelle plateforme de publication mise sur la qualité de l’information présentée. Il propose un abonnement de 60 euros par an, ce qui lui évite de s’aligner sur un modèle publicitaire et la recherche de trafic généré. 

Bloggers without borders est une agence de presse multimédia coopérative en cours de création qui repose sur trois piliers : Les abonnements, le crowdfunding  et le crowdsourcing.

Une nouvelle campagne de crowdfunding est prévue : l’appel du 18 juin numérique.

 

 

Une nouvelle consommation de l’information

Internet n’héberge pas simplement ces nouveaux supports d’informations, il a modifié la consommation même de l’information et donc la manière de la créer.

L’information est dorénavant publiée en flux continu et l’instantanéité  est de mise. La moindre annonce est relayée immédiatement. Le scoop est le saint graal dans la quête de notoriété. (Le buzz, la gloire éternelle ?) Observons quelques nouveautés qui accompagnent ce changement de consommation.

 

Summly et le jeune Nick  D’Aloisio ont tout compris. Rappelez-vous, vous avez tous lu ou entendu que Yahoo rachetait une application mobile pour 40 millions d’euros à un américain de 17 ans.

L’application conçut pour iPhone (la version android sera bientôt disponible) résume à coup d’algorithmes (« summly thinks like you ») une information en 400 caractères. Plus qu’un tweet mais moins qu’un article complet. Le jeune entrepreneur et nouveau salarié de Yahoo vous l’expliquera mieux que nous :

 

 

crowdsourcing-cartoon

Le crowdsourcing consiste à « s’approvisionner par la foule ». On a tous vu au 20h la vidéo de madame X, qui se trouvait à deux pas de la scène du crime. Dans le cas du journalisme internet, le crowdsourcing se manifeste par des appels à témoignages des pure players et autres journaux en ligne. Il est décuplé par les réseaux sociaux.

Le phénomène devient très sérieux, récemment pendant le printemps arabe par exemple, lorsqu’il permet d’informer là où les journalistes n’ont pas accès. Des plateformes se sont développées. Citons par exemple Voxforte.com qui met en relation citoyens et journalistes. Les citoyens partagent leurs témoignages et contenus aux journalistes qui publient sur le site.

 

L’accès à l’information a tellement évolué que nous pouvons maintenant consulter toutes les fuites des politiques. Wikileaks a en effet lancé la Public Library of US diplomacy (PlusD), un moteur de recherche qui permet de retrouver tous les documents diplomatiques « fuités ».

Plus D

 

 

Le 20h sur Google ?

Les supports digitaux et les changements de consommation entrevus posent la question d’un nouveau journalisme post-internet. Internet n’est d’ailleurs pas cité comme coupable mais comme complice, accélérateur de la crise du journalisme.

Paul Nizan analysait déjà de manière critique le journaliste des années 30 et ses liens avec les dirigeants. Le philosophe posait alors la question de la manière de faire du journalisme à travers un ouvrage, quelque peu subversif, présentant le concept des « chiens de garde ». Ce concept a été remis au goût du jour par Serge Halimi qui a réalisé le film documentaire « les nouveaux chiens de garde » :

 

youtube http://www.youtube.com/watch?v=lszB9lFNcHI

 

Nous ne cherchons pas dans cet article à analyser le lien entre journalistes et pouvoir en place, ceci est un débat à part entière. Cependant, la volonté de réfléchir au métier du journalisme et à la manière de traiter l’information rejoint notre réflexion.

Le digital semble aujourd’hui poser cette même question et offrir une alternative au modèle économique en place, à savoir le financement par la publicité. En effet, seul le Canard Enchainé, financé par un mécène privé, est réellement indépendant de toute partie prenante extérieure.

 

manifeste

Le magazine XXI fait part de sa réflexion dans son « manifeste pour le journalisme », paru dans le numéro de janvier dernier.

Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry dénonce un journalisme automatisé, une crise du journalisme accélérée par la révolution numérique et un modèle de financement par la publicité qui n’est plus valable sur le net.

 

Cette information dénoncée par certains comme taillée sur mesure se retrouve dans un terme : l’infomédiation.

Internet regorge d’informations, l’internaute est submergé et se réfère alors aux infomédiaires (google, yahoo etc.) qui deviennent intermédiaires et font le tri pour eux. Nous en arrivons donc au titre de cet article et à cette question :

« et si le nouveau PPDA, c’était Google ? »

 

Benjamin Hamonic / Karine Joly

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