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Crowdsourcing : devenir une ressource intelligente pour les entreprises, et plus seulement un compte en banque

« Le web contemporain est devenu le royaume des amateurs » selon Patrice Flichy.

Quirky, c’est quoi ? Moi aussi je peux donner naissance à mon idée ?!

Quirky est la plateforme de crowdsourcing d’Auchan. « Ok, mais en quoi ça consiste ? » Elle permet de faire le lien entre les internautes et une marque, ici Auchan, afin qu’ils y déposent leurs idées. Ces idées peuvent être révolutionnaires comme simplement pratiques. Ainsi, cette plateforme collaborative a réceptionné plus de 800 idées en quelques mois.

« Quand tout ceci a-t-il pris vie ? » Cette plateforme est née du partenariat entre le Groupe français Auchan et la société new-yorkaise Quirky en fin d’année 2012, afin de permettre la production des idées créa des internautes français. La plateforme a ainsi été mise en ligne en septembre, et comptabilise plus de 473.000 membres.

Les idées sont ensuite proposées au vote pendant un délai imparti, afin d’être validées ou non par les autres internautes. Le binôme Quirky-Auchan annonce ainsi 379 produits développés suite au crowdsourcing. L’une de leurs plus belles réussites, et régulièrement mise en avant, est une multiprise modulable :

quirky-multiprise

Par essence, le concept du crowdsourcing implique l’internaute-créateur-amateur, de A à Z. Ainsi, il a l’opportunité de proposer et de voter pour les idées qui lui semblent mes plus attrayantes. Ainsi, une fois les votes des internautes enregistrés, une commission se réunit pour élire les produits gagnants. Ces séances sont organisées tels de grands évènements. La dernière en date s’est tenu le 11 décembre 2013, en direct de Lille afin de réaliser l’« Évaluation de produits Quirky ». Cet évènement a réuni des experts dont la mission était d’analyser la faisabilité des idées retenues. Puis, les spectateurs pouvaient voter pour défendre les projets qu’ils souhaitaient se voir réaliser, toujours dans une logique de crowdsourcing, et donc d’appel à la foule. Afin, d’assurer le lien avec la communauté, ce comité était rediffusé en parallèle sur le site de Quirky.

quirky-lille

« Moi aussi je suis créatif et curieux !» J’accède à la plateforme

 

Le crowdsourcing au service de notre créativité emprisonnée.

L’émergence du web 2.0 a fait évoluer la place de l’internaute sur la toile. Jusque-là passif, il est devenu un acteur créant des contenus, renforçant ainsi les interactions et l’organisation des communautés par intérêt. En tant qu’internaute, le web est devenu notre terrain de jeu préféré. Nous pouvons y créer, rencontrer, vendre, ou encore partager nos idées. Alors qu’il y a encore quelques années, peu de personnes auraient osé s’y aventurer, le web est devenu le lieu de notre « extimisation ». Nous osons tout, la désinhibition y est totale.

Et ça les entreprises l’ont bien compris, et souhaite de plus en plus en profiter afin de créer du lien. Cette envie de communauté est même devenue un enjeu majeur dans toutes les stratégies de communication digitale. Il faut fidéliser, informer et à la fois passionner. Bien que les réseaux sociaux soient le vecteur principal lorsque l’on pense à « créer du lien », ils peuvent ne pas être adaptés à toutes les cibles ni même en phases avec nos objectifs. Ainsi, dans cette envie de dialogue et d’échange, il est primordial d’entrer en relation avec son visiteur,  les stratégies push ne suffisent plus. Il faut créer et maintenir du lien, ceci passe avant tout par l’écoute et la prise en considération de l’avis de son internaute. Dès lors, afin de fédérer et d’animer sa communauté, de nombreuses marques – pour la majorité américaines – ont décidé de se mettre au crowdsourcing.

 

Les intérêts du crowdsourcing = l’externalisation vers la foule.

 Le terme de « crowdsourcing » a été utilisé pour la première fois par Jeff Howe en juin 2006 dans le magazine Wired. Mais c’est en 2008,  lors de la parution de « Crowdsourcing, how the power of the crowd is driving the future of business ? » que nous obtenons une définition plus complète de ce concept :

« Simply defined, crowdsourcing represents the act of a company or institution taking a function once performed by employees and outsourcing it to an undefined (and generally large) network of people in the form of an open call. This can take the form of peer-production (when the job is performed collaboratively), but is also often undertaken by sole individuals. The crucial prerequisite is the use of the open call format and the large network of potential laborers. »

Initié par les entreprises, le crowdsourcing révolutionne les rapports de ces dernières avec les consommateurs en créant de nouvelles formes de communication. À la recherche d’innovation, les entreprises trouvent dans ce processus la possibilité d’allier productivité et rentabilité. D’autant plus que l’ensemble des internautes qui participe à ces pseudo-concours, s’inspire de leur expérience. Ainsi, l’entreprise a accès à cette donnée précieuse qu’est l’expertise du client, qui mieux que lui-même connait ses besoins ? Et si ses voisins votent pour sa solution, c’est que le produit peut répondre aux besoins d’une masse d’acheteurs. Les amateurs présents sur ces plateformes produisent du savoir et des contenus différents par essence de ceux des experts. S’inspirant de son expérience quotidienne, l’amateur peut proposer des solutions ancrées dans la réalité et répondant à un besoin qui peut-être le sien. Dans ce cas, il est une véritable ressource, produisant de la valeur ajoutée et de l’innovation, ce que recherchent beaucoup d’entreprises à travers ce concept.

Le crowdsourcing permet alors d’avoir accès à un savoir-faire basé plus sur l’expérience que sur la connaissance, et permettant d’obtenir de nombreuses propositions à faible coût. Ainsi, les entreprises augmentent leur productivité grâce à la foule, tout en incorporant de l’innovation. N’oublions pas que ceci est rendu possible grâce à la sollicitation par ces plateformes d’une foule hétérogène et internationale possédant des savoirs variés, différents de ceux internes à l’entreprise.

 

Qu’est-ce qui peut me motiver à partager mon expertise ?

La majorité des participants au crowdsourcing ne le font pas pour l’argent, et pour cause, les récompenses proposées sont très faibles. La principale motivation est l’envie de partager leurs connaissances et d’être reconnu par leurs pairs, trouvant leur leitmotiv dans l’interaction avec la communauté et l’évasion qu’elle procure. Le crowdsourcing capitalise sur le fait que l’intérêt des participants dépasse ce qu’ils font au travail et qu’ils sont donc disposés à créer une fois chez eux. Cette pratique, qui externalise une activité permet de créer de façon innovante et rapide de la valeur ajoutée. Cette logique entrepreneuriale, permet à l’entreprise d’obtenir rapidement des résultats exploitables, car répondant à la réalité. Ainsi, les motivations des internautes peuvent soit reposer sur des principes intrinsèques, le plaisir permet alors d’évacuer l’idée sous-jacente d’un travail peu, voire non rémunérés. C’est alors le plaisir de faire et d’apprendre qui lui permet de s’investir dans ce projet. Alors qu’à l’inverse, quand les motivations sont extrinsèques, l’amateur cherche à se sentir valorisé et espère capitaliser par la suite sur son expérience.

Émancipé, l’individu se retrouve galvanisé par la possibilité de proposer ses propres idées et concepts aux entreprises désireuses en réalité d’innover. Paradoxalement, concurrence et entraide cohabitent au sein de ces projets, ce qui permet une amélioration de la qualité du travail fourni. Facilité, l’interaction et la création permettent aux entreprises désireuses, de mettre à leur profit les ressources de la foule, engendrant une forte intelligence collective. Internet joue donc un rôle majeur dans la faisabilité de ce processus. Véritable intermédiaire, il permet de donner l’élan nécessaire aux ambitions des entreprises, qu’elles soient petites comme internationales.

 

Lorsque la magie s’évapore en (usine à) gaz.

Le modèle du crowdsourcing n’en ai pas pour autant dénué d’intérêt, il est même poussé à son paroxysme avec le Mechanical Turk d’Amazon. Frôlant l’exploitation, cette plateforme reste malgré tout une référence dès lors qu’on parle de crowdsourcing, donnant ainsi naissance à de nombreuses plateformes à travers le monde.

logo-mechanical-turk

Cette application, née en 2005, vise à faire faire à des internautes des tâches assez simples, mais peu intéressantes. À la base destinée à un usage interne, pour supprimer les doublons dans la base de données des références d’Amazon, il fut rendu public fin novembre 2005. Pour Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, il s’agit d’utiliser une sorte d’« artificial artificial intelligence », soit de faire adopter à des humains le comportement qu’aurait adopté un ordinateur tentant eux-mêmes de se comporter comme un humain dans la réalisation de ses missions. Ces tâches, effectuées en échange d’une petite rémunération, sont variées : traduction, rédaction, capcha, recherche d’un mot sur une page, décrire la couleur d’une image ou encore baliser une image.

Ici, il ne s’agit pas de participer à un projet afin créer des objets ou concepts permettant d’avancer dans notre quotidien, même si cette vision reste très utopique. Il s’agit d’une sorte d’exploitation, l’action à effectuer n’apportant aucune valeur ajoutée à son exécutant. Il n’en retirera qu’une faible récompense de l’ordre de quelques centimes.

C’est pourquoi de nombreuses voix s’élèvent afin d’encourager à la réglementation de cette pratique. Car en dépit de ce tableau idyllique du crowdsourcing, nous constatons qu’il existe de nombreuses critiques tant sur le plan financier, éthique que juridique. En effet, il existe énormément de formes de crowdsourcing, certaines plateformes proposant des appels d’offres afin de créer un logo, trouver un nom pour une marque ou encore proposer un design à mettre sur un t-shirt… Le tout n’étant pas officiellement réglementé, sauf par les CGU de ces sites. Se pose alors de nombreuses questions, notamment sur la renonciation à la propriété intellectuelle sur ses propres créations…

Ah oui, parce qu’en cas de « victoire », il faut accepter de céder la paternité sur son œuvre…

Par Angélique GUEST

9 Comments

  1. CELINE

    article très instructif.

    1. david

      bonjour ,je faisais parti du panel d’expert ( je ne suis juste qu’une personne qui dépode des idées et quirky m’a appelé …) j’ai créé une page facebook (quirky auchan https://www.facebook.com/quirky.somain ) ,je vous invite si quirky vous interresse, ou si vous avez une opinion ou si vous avez des questions a venir sur cette page .merci bonne journée.
      david

  2. lemoine

    contente d’avoir pu découvrir ce concept qui mériterait à mon sens de se développer encore + en France. Concernant la plateforme Mechanical Turk, c’est étonnant que certaines personnes puissent être motivées par 1 récompense si faible. En tout cas, bon article

    Marie

    1. david

      bonjour ,je faisais parti du panel d’expert ( je ne suis juste qu’une personne qui dépode des idées et quirky m’a appelé …) j’ai créé une page facebook (quirky auchan https://www.facebook.com/quirky.somain ) ,je vous invite si quirky vous interresse, ou si vous avez une opinion ou si vous avez des questions a venir sur cette page .merci bonne journée.
      david

  3. Anne-Laure

    Concept que je découvre, que je connaissais pas du tout. je pense qu’une réglementation doit être rapidement mis en place parce que les entreprises ont tout à gagner pour 0€, un peu facile de jouer sur le plaisir de donner son avis ou d’apporter une amélioration ! bon article

  4. Laura

    Cet article m’a permis de découvrir un concept encore rare en France qui mérite d’être connu et largement diffusé

    1. david

      si vous voulez revoir le live ,il est sur ma page facebook
      https://www.facebook.com/quirky.somain?ref=hl
      si vous avez des questions n’hésitez pas .

  5. Florent

    « Faudrait inventer ça » c’est une phrase qui a effleuré l’esprit de chacun d’entre nous mais je pense qu’il faut que les bénéfices soient équitablement partagés. Pourquoi livrer un concept émanant de notre expérience qui est censé être intéressnt pour le plus grand nombre pour qu’un tiers gagne (encore et toujours) de l’argent sur notre dos.
    Cela dit, je trouve ce concept très novateur mais il me parait nécessaire qu’une réglementation du crowdsourcing soit mise en place pour protéger un peu plus la propriété intellectuelle souvent mise à mal sur internet

  6. […] Article "Crowdsourcing : devenir une ressource intelligente pour les entreprises et plus seulement un compte …" d’Angélique Guest – blog DIG!COM de l’ECS Paris, décembre […]

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